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"Qui ad justitiam erudiunt multos, quasi stellae in perpetuas aeternitate."
« Ceux qui se font maîtres pour enseigner à beaucoup les voies de la justice, seront comme des étoiles qui brillent dans le ciel, pour l'éternité ». Tel est le verset biblique, tiré du Livre de la Sagesse, qui est appliqué ici à tous ceux qui s'engagent à instruire les générations toujours nouvelles d'enfants et de jeunes dans la connaissance de ce qui est vrai et juste devant Dieu et profitable à l'humanité, en les aidant aussi à les vouloir et à les mettre en pratique dans leur vie. C'est à vous, Frères des Écoles Chrétiennes, que revient cette reconnaissance, exprimée par cette Étoile qui se détache sur le blason de la Congrégation, comme un reflet de la lumière de sainteté qui entoure votre Fondateur et Père, saint Jean-Baptiste de la Salle. Rempli de l'esprit d'intelligence - comme le « juste » dont parle le Siracide -- il profère des paroles de sagesse et rend gloire au Seigneur par sa vie ; sa doctrine sacrée, manifestée par ses écrits spirituels et sa compétence pédagogique, continuent, par votre entremise, à briller et à agir dans la communauté ecclésiale, dans le domaine de l'école, comme par la suite dans la vie de tant de jeunes et d'hommes formés par vous dans les diverses parties du monde.
Je remercie de tout cour le Très Honoré Frère John Johnston, Supérieur Général, de m'avoir invité à la célébration d'aujourd'hui, à laquelle je suis heureux de participer, et pas seulement en tant que « Cardinal », mais en ma qualité « d'affilié », et appartenant, comme tel, à la grande Famille Lasallienne. Je le suis depuis 1964, au temps déjà lointain du Supérieur Général d'alors, le Frère Nicet Joseph, au cours des longues années pendant lesquelles, outre mes responsabilité à la Secrétairie d'État du Vatican, j'assurais le service d'Aumônerie des Frères et des élèves du Collège San Giuseppe-Istituto De Merode à Rome. Ce furent pour moi des années sereines et laborieuses, dont je garde toujours le souvenir reconnaissant, alors que je me sentais Frère parmi vous, Frères , et aussi parce que je suis heureux de saisir l'occasion qui m'est donnée aujourd'hui de vous remercier tous pour l'amabilité avec laquelle j'ai toujours été accueilli dans la Communauté.
Un autre motif de satisfaction toute spéciale, est le fait de me trouver dans cette Maison Généralice précisément au moment de votre 43e Chapitre Général, qui réunit les 128 délégués, venant de tous les Districts, auxquels s'ajoutent, en tant que Consulteurs, 20 Représentants laïcs de la grande Famille Lasallienne. C'est un élargissement très significatif, comme l'est également la participation d'un certain nombre de jeunes religieux, auxquels est donné l'occasion de connaître de près tant de situations et de problèmes qui intéressent la vie et les activités de l'Institut dans le monde, auxquels il faudra faire face à l'avenir, par des initiatives qui tiennent compte des mutations profondes qui vont intervenir dans la structure de la société et qui pourront exiger des formes nouvelles de collaboration avec les laïcs.
À la Solennité annuelle du Saint Fondateur que nous célébrons aujourd'hui, s'ajoute aussi cette fois l'heureux souvenir de deux événements qui se sont déroulés lors des précédentes Années Jubilaires de 1900 et 1950 : il y a un siècle la Canonisation par Léon XIII et il y a le 50 ans sa proclamation comme patron des maîtres et des éducateurs, par le Souverain Pontife Pie XII. Par de tels gestes, les Papes, non seulement proposaient à tous les fidèles de l'Église et aux Ministres Sacrés un modèle de Prêtre se sanctifiant dans l'exercice de son ministère apostolique, mais assuraient à « ceux à qui est confié le soin de l'âme des jeunes ou qui s'y préparent », aussi bien aux Frères qu'aux autres personnes qui s'y consacrent également, l'intercession d'un pédagogue sage et expérimenté, renouvelant ainsi leurs encouragements afin qu'ils remplissent avec conscience et enthousiasme une charge qui comporte une telle responsabilité.
Les dates des commémorations qui reviennent, de temps en temps, dans la vie de l'Église et de la communauté ecclésiale, nous donnent toujours l'occasion de glorifier le Seigneur Dieu pour la vie et le témoignage de ses Saints, et de vouloir les imiter dans les exemples de fidélité qu'ils ont su donner, en affrontant et en surmontant les difficultés rencontrées. Aujourd'hui, de ce temple où l'on vénère les reliques du Saint Fondateur, comme de tous les lieux et toutes les Ecoles inspirés par son charisme, s'élève un chant de reconnaissance au Seigneur pour l'action d'évangélisation et de promotion humaine accomplie par lui, mais aussi une fervente prière pour que, de vous aussi, ses fils, envoyés aux jeunes comme missionnaires de la parole qui sauve, on puisse dire : « qu'ils sont beaux, les pieds de ceux portent la joyeuse nouvelle du salut ». Vous connaissez tous les endroits de ses écrits où il affirme que « dans l'exercice de votre ministère, vous êtes les ambassadeurs du Christ et ses collaborateurs directs auprès des jeunes que vous éduquez », et il ajoutait : « Vivez dignement votre vocation ! Soyez irrépréhensibles dans votre conduite et présentez-vous à vos élèves comme des modèles de toutes les vertus ». Pour cela tout Frère est appelé à être, comme le Saint, plein de foi solide et ardente, plein d'une charité active, qui alimentent son enthousiasme, et inspirent confiance et espérance dans le succès final de la réalisation quotidienne et répétitive de l'ouvre éducative qui lui a été confiée.
Dans les premières années où j'ai eu l'occasion d'assister à la Profession perpétuelle des Frères, j'ai remarqué combien de fois étaient répétées dans la formule des voeux les mots : « demeurer dans la société ». être « associés pour tenir ensemble et par association » les écoles. remplir les tâches confiées « par le corps de la Société ». Dans l'esprit du Fondateur, ces mots devaient indiquer et renforcer de manière très précise, l'intention de se mettre tous ensemble de manière stable, pour remplir, en pleine communion d'intention, une mission qui les liait de manière définitive et indissoluble. Il ne s'agit donc pas d'une association occasionnelle, établie juridiquement, et limitée uniquement à la poursuite d'un but particulier parmi tant d'autres, mais un engagement, lié à un Acte solennel de Religion, tel que la Consécration, personnelle et totale, à la Très Sainte Trinité, dans le but de déterminer la direction et le travail de toute la vie. En fait, vous vous êtes placés dans la plus complète disponibilité et stabilité dans l'adhésion à l'Institut, la pauvreté, la chasteté et une obéissance telles qu'il ne reste aucun doute sur le choix des Frères : se consacrer entièrement et sans restriction à l'éducation et à la formation chrétienne des enfants et des jeunes, plus spécialement de ceux qui font partie de la partie la plus pauvre de la population.
C'est le choix évangélique de ces pauvres qui, dans tous les types de sociétés, d'hier et d'aujourd'hui, se trouvent toujours dans de telles conditions de désavantages matériels et moraux qu'elles empêchent leur promotion humaine, avec le risque de courir de graves dangers, de devenir la proie des vices ou de sombrer dans le dérèglement. L'école lasallienne, tellement sensible à ces situations et agissant au cours des siècles pour le bien de ces personnes, n'a pas simplement eu en vue un bien individuel ou l'avantage de ces seules personnes, ni un bien limité à la société ecclésiale, mais a suppléé à la carence et à l'inadaptation éducative de tant de familles, de la société civile ou de l'État dans des lieux et des temps si divers. L'école lasallienne a été une suppléance ou une collaboration, qui, de multiples manières, intervient encore aujourd'hui, même si elle n'est pas toujours perçue, reconnue et appréciée, ou même si, au contraire, elle est parfois en butte à l'opposition.
Votre Chapitre, convoqué, comme tous ceux qui l'ont précédé, afin procéder à une évaluation ponctuelle et sereine des aspects concernant la formation, l'organisation et l'efficacité de tout l'Institut, aboutira à l'engagement de rendre la présence des Frères toujours plus semblable à l'image que voulait lui imprimer saint Jean-Baptiste de la Salle . En effet, le binôme de son choix préférentielle « Pauvres-École » a toujours été confirmé par les Chapitres Généraux comme une constante absolue qui a caractérisé, et doit continuer à le faire, votre activité d'enseignants et de formateurs. Les mutations sociales intervenues entre temps dans le monde, avec l'opulence ostentatoire de certains milieux et un consumérisme exaspéré, n'ont pas éliminé partout les aspects dégradants qui justifient, aujourd'hui encore, les préoccupations qui émurent le Saint en son temps. Dans beaucoup des pays où vous ouvrez, la pauvreté omniprésente des personnes et la situation économique désastreuse de la nation, sans parler, parfois, des calamités naturelles, mettent en grand danger la survivance des populations elles-mêmes, empêchant les jeunes générations d'accéder, avec l'instruction et un travail sûr, à un avenir plus digne de la dignité et de la condition humaine.
Les écoles populaires et l'institution d'un groupe de maîtres bien formés ont été pour saint Jean-Baptiste de la Salle une manière de répondre concrètement à la Parole de Jésus en faveur des enfants, en un temps où leur dignité et leur fragilité n'étaient pas très considérées. Par leur simplicité, les enfants sont devenus pour Jésus une référence inéluctable pour qui veut se disposer à entrer au royaume de Dieu. qui les scandalise commet un crime très grave. qui les accueille, c'est comme s'il l'accueillait Lui-même. Dans les écoles populaires et dans des maîtres bien formés et bien préparés, le saint voit le remède qui pourra répondre aux besoins qui se manifestent à ses yeux, tandis que par ses écrits et les recommandations orales faites aux premiers Frères, il ne cessait d'insister sur l'amour pour les pauvres, du fait que la plus grande partie des enfants dont il fallait prendre soin étaient d'humble conditions - disait-il. Les Frères devaient être pour eux comme des « anges visibles », qui les accompagnent autant par l'instruction que par l'exemple, en les formant à la gentillesse et à l'honnêteté, et c'est là également la tâche qui revient aux collaborateurs laïcs qui réalisent leur activité éducative dans les écoles lasalliennes, comme c'est désormais la pratique, et aussi une nécessité en tant de situations et de circonstances.
Ceci vaut aussi, évidemment, dans les cas où les Frères ne sont pas en contact direct avec des élèves pauvres au sens matériel ou culturel, mais avec d'autres catégories d'étudiants de leurs écoles supérieures ou de niveau universitaire, où l'on peut trouver une pauvreté de sensibilité religieuse ou une perception faussée des contenus de la foi chrétienne, ou une mentalité chargée de préjugés sur l'Église et ses institutions. « Ce n'est pas votre fonction - disait-il - de défendre la vérité de la foi dans les controverses avec les hérétiques, mais votre ministère vous oblige à enseigner aux élèves la bonne et saine doctrine de l'Église ». C'est pourquoi le Saint, s'adressant aux Frères leur disait : « votre ministère a été institué pour procurer l'esprit de religion et du christianisme à vos élèves », il en tirait la nécessité pour eux « d'étudier profondément les vérités de la foi », ce qui, aujourd'hui, avec la multiplicité des institutions ecclésiales destinées à cette étude, est certainement plus facile maintenant que ce ne l'était au temps où il parlait.
Si la transmission de la foi, comme nous le rappelle l'apôtre Paul « se fait par la Parole du Christ », tout prédicateur doit en être rempli et illuminé, ainsi que de la présence de Jésus Lui-même. Il ne parlera pas en son nom et avec la même autorité il pourra dire, comme Paul lui-même ; « pour moi, vivre, c'est le Christ. je vis ma vie dans la foi au Seigneur Jésus qui m'a aimé et s'est livré pour moi. ». Saint Jean-Baptiste de la Salle qui a fait en sorte de réaliser, par une vie de grâce, cette intime communion avec Jésus, en l'alimentant par la célébration eucharistique, veut la promouvoir aussi en tous ses Fils spirituels, Frères, jeunes étudiants, enseignants, collaborateurs et tous les membres de la grande Famille Lasallienne. Nous sommes certains que l'intercession de leur céleste Patron ne leur fera pas défaut. |