|
Nous ne lisons pas souvent le Chanoine Blain pour approfondir le sens et la signification de notre vocation. Nous ne le lisons pas non plus pour nous encourager à vivre de tout notre cour notre consécration à Dieu. Je crois cependant que le passage que nous venons de lire est remarquable. Le Chanoine Blain nous donne là une précieuse information et s'exprime d'une manière claire et, à mon sens, émouvante. En outre, pour nous, Capitulants et Consultants, ce passage est pertinent et nous lance un défi.
Certains des premiers disciples de Jean-Baptiste de La Salle avaient compris que Dieu les avait appelés à vivre un type nouveau et en continuel développement de consécration à Dieu comme éducateurs des enfants pauvres. Ils cessèrent de « vaciller » et répondirent oui au Sei-gneur. Ils adoptèrent « l'uniformité et l'égalité en toutes choses ». « pour ne former qu'un seul corps. » Ils régentèrent les écoles non en vue d'un gain financier, mais « gratuitement. » Ils « faisaient profession de ne tenir les écoles que pour y faire régner Jésus-Christ. »
Pour témoigner de leur nouvelle manière de se considérer, ils adoptèrent le même costume. Le changement d'habit, d'après Blain, introduisit le changement de nom. Ils convinrent que le nom de « maîtres d'écoles », habituellement appliqué à « ceux qui en font la fonction à leur profit » n'était plus celui qui leur « convenait ». Ils conclurent que le nom qui leur convenait le mieux, qui « leur appartenait », était celui de « Frères ». C'était le nom que « la nature donne aux enfants qui ont le même sang et le même père sur la terre, et que la charité adopte pour ceux qui ont le même esprit et le même Père dans le Ciel . » En conséquence, dit Blain, ils adoptèrent le nom de « Frères. » Ils appelèrent leur nouvelle société « Frères des Écoles Chrétiennes et Gratuites. »
Blain nous fait part de son jugement sur le choix des Frères. Il écrit que « cette dénomination est juste, car elle renferme la définition de leur état, et elle marque les offices de leur voca-tion. » Cette phrase mérite réflexion. Le mot même de « Frères », dit-il, renferme le sens de leur vocation et de leur mission. Il enseigne aux Frères l'excellence et la « dignité de leur état et la sainteté de leur profession. » En outre, ce nom leur rappelle que « la charité qui a donné naissance à leur Institut, doit en être l'âme et la vie. »
Ces mots rappellent le titre de la première des Méditations pour le Temps de la Retraite : « Que c'est Dieu qui, par sa Providence, a établi les Écoles Chrétiennes. » Dieu dans sa Pro-vidence, c'est-à-dire dans son amour et sa préoccupation pour les marginalisés et les exclus du fait de leur pauvreté, a éclairé les cours de certaines personnes, et les a appelées à donner une éducation chrétienne aux enfants pauvres. Blain a donc raison, quand il dit que la « charité a donné naissance » à l'Institut, et que la « charité » doit en être « l'âme et la vie. »
En un langage que je trouve surprenant, Blain écrit que le titre que les Frères ont adopté leur « dit » qu'ils « se doivent des témoignages réciproques d'une amitié tendre, mais spiri-tuelle . » Il leur « dit » aussi « que devant se regarder comme les frères aînés de ceux qui viennent recevoir leurs leçons, ils doivent exercer ce ministère de charité avec un cour chari-table. » La première partie de cette citation a encouragé non seulement les Frères, mais éga-lement tous les professeurs lasalliens à être aujourd'hui frères et soeurs aînés de leurs jeunes. La deuxième partie de la citation, cependant, mérite d'être mieux connue. Comme de La Salle lui-même, Blain se réfère à l'éducation des enfants comme à un « ministère », et plus spécia-lement comme à un « ministère de charité ». C'est un ministère, écrit-il, que les Frères doi-vent exercer avec un « cour charitable ».
La réflexion du Chanoine Blain sur l'effet que cette charité doit produire sur la vie des Frères est extrêmement opportune et nous convient parfaitement ce matin : « La charité, écrit-il, doit présider à toutes leurs délibérations et former tous leurs desseins ; . c'est elle qui doit les mettre en ouvre et en action et qui doit régler toutes leurs démarches, et animer toutes leurs paroles et leurs travaux. »
Le passage qui est l'objet de notre méditation ce matin rappelle notre Règle, qui décrit les Frères comme étant des hommes unis dans le même esprit, frères entre eux, frères des adultes avec lesquels ils sont en contact, frères aînés des jeunes confiés à leur soin, frères de tous.
Le passage nous rappelle aussi la forte affirmation de Jean-Paul II sur la vocation de Frère. Le terme « frère », dit-il, « suggère une 'riche spiritualité' », la spiritualité de ceux qui vivent comme frères de Jésus-Christ, frères les uns des autres, frères de tous, « surtout des plus petits et des nécessiteux. » C'est une spiritualité qui nous invite à nous consacrer « à une plus grande fraternité dans l'Église. » De plus, écrit-il, « en vivant leur vocation, les Frères pro-clament à tous la parole du Seigneur : Vous êtes tous des frères et des soeurs. » (Mt 23, 8 - Vita Consecrata, 60).
Capitulants et Consultants du Chapitre Général, avec saint Jean-Baptiste de la Salle et les premiers Frères, nous avons le « même sang . le même esprit et le même Père dans le Ciel. » Ils décidèrent que le nom de « Frères était celui qui convenait. » Au long de toute no-tre histoire, ce nom nous a bien servi. Il a aidé nos prédécesseurs , et il nous aide à apprécier l'excellence, la dignité de notre état, et la sainteté propre à notre profession.
Nous sommes fiers d'être Frères. Nous remercions Dieu de nous avoir choisis. Nous accep-tons avec reconnaissance et humilité le privilège et la responsabilité d'être capitulants et con-sultants. Nous demandons à Dieu de nous remplir de la charité qui a donné naissance à notre Institut, charité qui doit être aujourd'hui âme et vie. Nous demandons à Dieu qu'il nous éclaire, afin de prendre les décisions qui aideront nos Frères, nos partenaires, et nos associés à vivre aujourd'hui l'histoire de notre fondation. C'est cela, Frères, qui est l'enjeu de ce Chapitre Général.
Amen. |