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Toi, Seigneur tu es mon espérance depuis ma jeunesse...(Psaume 71,5).
Frères, vous qui êtes les plus jeunes parmi nous, rappelez-vous que Jean-Baptiste de La Salle avait 29 ans quand il commença à s'engager avec une poignée de maîtres d'école. C'est de cet engagement qu'est sorti l'Institut des Frères des Écoles Chrétiennes. En vous, les forces créatives et la vitalité de l'Institut nous aident à dépasser nos tendances au refus de changer des structures périmées. (Message du 42ème Chapitre Général)
Chers Frères : 
En ce 24 juin, cette date tellement significative de notre histoire lasallienne, je veux m'adresser à vous, les 593 Frères de moins de 35 ans et les 144 novices portés dans nos statistiques actuelles. Ce jour nous rappelle deux événements fondamentaux de la genèse de l'Institut : en 1681, le Fondateur loge chez lui les premiers maîtres ; un an après, à la même date, il quitte la maison paternelle et se rend avec eux à la Rue Neuve. Je vous écris parce que je suis convaincu que vous devez donner une impulsion importante à l'Institut du début du troisième millénaire. J'ai eu la chance de participer l'année dernière à la rencontre des jeunes Frères d'Europe à Thillois et je partage aujourd'hui, avec vous tous, une partie de ce que j'ai dit alors, en y ajoutant de nouvelles réflexions qui me sont venues au cours de ces derniers mois de mon expérience dans l'animation de l'Institut.
La Règle nous dit que "le Seigneur a voulu remettre la destinée de l'Institut entre les mains des Frères" (R. 142). Je reste convaincu que ce texte s'applique particulièrement à vous qui, dans un acte de foi dans l'avenir, avez décidé d'unir vos existences aux nôtres par un oui à la vie. Vous êtes appelés dans l'Institut à maintenir vivante l'utopie, à ouvrir des chemins nouveaux, à répondre avec créativité aux nouvelles pauvretés et aux défis que nous présente le monde des jeunes, à risquer vos vies pour le Christ, à faire de nos communautés un signe du Royaume pour que l'espérance ne s'éteigne pas. Vous devez être l'accélérateur et non le frein. Vous devez nous pousser à agir davantage par intuitions que sans risques.
Je voudrais vous dire que si dans l'Institut j'ai un faible, c'est pour les jeunes Frères. Je leur ai pratiquement consacré toute ma vie, d'abord par mes années de service dans la formation initiale et ensuite comme Visiteur d'un District qui a passé en douceur entre les mains des jeunes Frères de l'Amérique centrale. J'ai eu aussi la chance, aujourd'hui je pense plutôt que ce fut une grâce, de faire partie de l'équipe d'animation de quatre retraites pour des Frères qui se préparaient à la profession perpétuelle, retraites organisées par la RELAL et auxquelles ont participé des jeunes Frères de beaucoup de Districts de la Région. Ce contact avec les jeunes Frères a été pour moi très enrichissant. Il l'a été tellement que lorsque j'ai fait le CIL en 1979, ma réponse à la question "qu'est-ce qui m'a formé" fut la suivante : "Je sens que les personnes qui m'ont le plus aidé à mûrir et à grandir, à tous les points de vue, ont été les jeunes Frères. En les aidant, je me suis mieux connu, je me suis accepté, j'ai appris à dialoguer. En les guidant dans la prière, j'ai appris à prier. Les événements qui, pour moi, ont le plus marqué ma vie ont été mes années de formateur et mon amitié avec les jeunes Frères." (CIL 1er juin 1979).
Je suis convaincu que dans l'Institut c'est surtout vous les jeunes Frères qui devez nous aider à découvrir les nouvelles initiatives nous permettant de trouver un sens nouveau à nos vies au service de nos frères et de nos soeurs. Pour moi, la présence de jeunes Frères à notre dernier Chapitre Général a été éclairante. Les Frères qui vous ont alors représentés ont maintenu vivante notre espérance. Leurs rêves et leurs projets, leurs prières et leurs apports ont été vraiment stimulants. Mais ce qui m'a personnellement le plus impressionné, ce fut leur détermination à faire aboutir une proposition sur la pastorale des vocations, même si elle a paru venir à contre temps. Plus que la proposition elle-même, qui peut être plus ou moins valable, ce qui a eu de l'impact ç'a été la manière dont ils ont manifesté par elle leur foi et leur profond amour de l'Institut, leur désir d'assurer son avenir et sa vitalité. Je crois que leur présence a été déterminante pour arriver à un esprit pro-actif dont parlait souvent le Frère John et à une ouverture sur l'avenir qui ne se borne pas à des lamentations sur la réalité présente.
Mon intention n'est pas de faire un discours abstrait à coup d'idées, mais de partager des expériences et des sentiments. Et c'est pourquoi j'ai pensé laisser la parole à quelques-uns d'entre vous et partager, avec vous tous, des témoignages et des expériences vécues y compris et les miennes.
Le 1er janvier de l'année dernière deux Frères du Guatemala sont morts dans un accident de la circulation en retournant à leur communauté en mission chez les indigènes ketchis de la côte atlantique du pays. L'un d'entre eux était un jeune Frère guatémaltèque de 25 ans. Sa mère racontait, le jour de l'enterrement de son fils, que lorsque quelquefois elle lui avait demandé pourquoi il y avait des Frères qui quittaient la congrégation, il répondait toujours que c'était parce qu'ils n'étaient pas amoureux. Je crois qu'Adelso avait compris l'essentiel de notre vocation : Très Sainte Trinité je me consacre tout à vous pour procurer votre gloire.
Dans la revue du District de Centro America on a publié par la suite quelques lettres d'Adelso qui m'ont profondément ému. Dans l'une d'elles, adressée au Frère Visiteur et à son Conseil pour la rénovation de ses voeux annuels, il disait : "Je vous écris en laissant voler mon imagination à la recherche des projets de Dieu inscrits dans tout ce que je suis. Ce projet dont je vous parle est celui de la liberté. Une liberté qui élargit les horizons et qui s'inspire du dessein de Dieu de libérer l'humanité par et pour l'Amour... Et c'est dans cette liberté, qu'après avoir discerné d'un coeur libre, j'ai décidé de demeurer dans l'Institut des Frères des Écoles Chrétiennes, en renouvelant mes voeux, en essayant de faire de l'amour, visage visible de Dieu, ma religion, ma loi et ma foi." (Guatemala 31 octobre 1997)
En novembre de l'année dernière, j'ai reçu la copie d'une autre lettre écrite par un jeune Frère pour demander de faire ses voeux perpétuels. Je me suis senti ému et en même temps j'ai trouvé sa lettre en profonde harmonie avec la précédente. Dans le partage de ce que sont les fils conducteurs de sa vie, il disait :
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L'idée et le sentiment que ma vie est à Dieu, que je me dois à Lui, que je me trouve en Lui, qu'Il m'invite à la fidélité de chaque jour à devenir de plus en amoureux de sa Parole. Le Dieu qui m'a fasciné, c'est le Dieu de la vie, qui m'invite à vivre davantage en plénitude, pour ma vie personnelle, pour les autres, avec les pauvres. En cette période, je ressens progressivement que les multiples choses que je fais sont en train de s'unifier. Je crois que continuer à croître dans ma vie consacrée est en relation avec le fait d'approfondir, de partager et de faire transparaître cette expérience. |
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| L'expérience au coeur de tant d'allées et venues d'une communauté qui s'associe pour mener ensemble les écoles au service des pauvres. |
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En tout cela je me suis senti encouragé, accueilli,solidaire,pouss, soutenu. Je veux continuer à marcher sur ce chemin et dans cette direction que je découvre comme la volonté de Dieu, comme réponse à sa Parole quotidienne. |
Je voudrais aussi partager le témoignage d'un jeune Frère qui nous a quittés cette année. J'admire son honnêteté et je fais pour lui les voeux les meilleurs pour la nouvelle route qu'il a prise. Ma relation avec Dieu depuis un certain temps n'a pas été aussi satisfaisante que j'aurais voulu. Je ne veux pas dire par là que l'expérience religieuse doive être sensible, mais je n'ai pas vécu comme religieux lasallien : j'ai perdu l'esprit propre à l'Institut, l'esprit de foi...Ni le travail que je fais ni la relation avec les jeunes que nous avons me déplaisent ; il s'agit d'autre chose. Il faut me considérer dans cinq ans et je ne m'envisage pas comme Frère. Je sais que ce que je projette peut se vivre en tant que Frère, mais il me faudrait être tout imprégné de spiritualité, tout pénétré de l'option radicale pour faire l'oeuvre de l'Institut, azvoir le sentiment de Dieu présent et proche dans la communauté... Mes motivations ont changé, peut-être est-ce dû au fait d'un concours de circonstances, peut-être au poids de la solitude que parfois nous sentons tous, peut-être au désenchantement. Ce qui est certain, c'est que je ne me sens pas à l'aise en tant que Frère.
Et enfin le témoignage d'un jeune Frère qui, n'étant pas accepté il y a quelques semaines à renouveler ses voeux, a recouru au Centre de l'Institut pour que sa demande soit reconsidérée : J'ai pensé que j'avais déjà surmonté beaucoup de choses. Ce n'était pas vrai. Dieu est en train de me défaire de l'intérieur avec un amour irrésistible et le fait de vivre ce moment est un appel à être tout à Lui. Je vous écris avec l'humilité, et ceci me coûte beaucoup, confiant que Dieu est celui qui nous conduit. C'est pourquoi, je vous demande l'autorisation de renouveler mes voeux. J'ai pris hier l'engagement de vivre en état de conversion et je le réaffirme aujourd'hui par cette lettre. Comme être humain, je demande une chance, comme un Frère qui vous demande de l'aide et je me mets entre les mains de Dieu pour que sa volonté s'accomplisse. J'ai confiance en vous et je vous en remercie d'avance.
Il me semble que dans toutes ces expériences et dans tous ces témoignages, apparaissent des intuitions importantes pour notre vie de Frère. Ils partent tous en effet d'une forte expérience de Dieu, d'un Dieu proche et non une entéléchie. D'une relation qui ne peut s'exprimer qu'en termes d'amour. D'un amour irrésistible, d'une religion, d'une loi et d'une foi qui se changent en invitation à une fidélité quotidienne et nous rendent amoureux de sa Parole.
La question qui se pose à vous Frères qui êtes les plus jeunes parmi nous et à chaque Frère pourrait être : la fin dernière de notre vie de Frères est-elle de chercher avant tout la gloire de Dieu, de faire de ce Dieu notre Absolu ? Jusqu'où notre vie religieuse est-elle une expérience de Dieu ? Au moment où l'on assiste à un réveil de la recherche de la transcendance, sommes-nous capables d'offrir une mystique attirante ? Manifestons-nous cette dimension vitale dans notre prière personnelle et communautaire ?
Adelso disait que pour y arriver, il choisissait de vivre avec les Frères des Écoles Chrétiennes après avoir discerné d'un coeur libre. Dans les autres témoignages, la Communauté apparaît également comme un lieu unifiant qui nous permet de sentir Dieu présent et proche au milieu des si nombreuses allées et venues de notre association pour mener ensemble les écoles au service de pauvres.
Je ne m'étends pas sur ce thème car je l'ai déjà développé dans ma dernière lettre pastorale à laquelle je vous renvoie. Notre communauté est bien sûr notre première association : une association de personnes qui tissent entre elles des liens fraternels, sur la base d'une expérience identique, celle d'avoir été "saisis" par Dieu en vue du service des jeunes pauvres et à partir d'eux de tous les jeunes. Certainement que notre "être-Frère" est aussi notre plus grande richesse, notre force, notre secret. Je vous invite, Frères, à ne pas être que des consommateurs de communauté mais surtout des constructeurs de communauté .
Il me semble que nous pouvons trouver la synthèse de ce qui a été exprimé par les témoignages précédents dans la proposition 22 de notre 43ème Chapitre Général que je n'hésite pas à qualifier comme l'une des plus importantes et des plus révolutionnaires de notre dernier Chapitre, en particulier vis-à-vis de Frères les plus jeunes : "En vue d'offrir aux Frères, surtout aux plus jeunes, la possibilité de donner la priorité au service éducatif des pauvres et de mener une vie communautaire signifiante, chaque District, lors de son prochain chapitre :
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Fera le point sur l'engagement actuel des Frères dans les oeuvres et les structures de fonctionnement du District. |
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Élaborera un plan d'évolution de l'engagement des Frères dans les oeuvres existantes ou à créer. |
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Déterminera ce qu'il convient de faire évoluer dans les structures de fonctionnement du District." (Proposition 22) |
Je crois que cette proposition nous présente une vision très claire de ce que doit être l'Institut de l'avenir pour qu'il continue à avoir du sens et à être fécond. Deux conditions sont indispensables : l'association pour le service éducatf des pauvres et une vie communautaire significative. En tant que jeunes Frères vous devez vous sentir interpellés à vivre notre quatrième voeu, l'association pour le service éducatif des pauvres, comme une des façons privilégiées de récupérer la mystique de nos origines.
Au terme de cette conversation avec vous, je voudrais aussi vous faire part de quelques-unes de mes expériences qui se sont changées en convictions et en certitudes inspirant ma vie et mon action. Certitude de l'amour gratuit et disproportionné de Dieu, certitude de son pardon inconditionnel, certitude de sa présence toujours proche. Je complète ces trois certitudes par celles qui illuminèrent notre Fondateur et qu'il a résumées dans des termes qui doivent nous être familiers à tous. Certitude de la présence de Dieu, découvert partout mais particulièrement en nous-même, dans l'Eucharistie et dans la communauté. Certitude d'un Dieu qui nous guide, d'un Dieu qui nous conduit avec amour et douceur, d'engagement en engagement... Certitude que nous sommes engagés dans l'oeuvre de Dieu par notre ministère d'éducation chrétienne
Frères les plus jeunes, en revoyant ce que vous avez vécu, quelles sont les convictions sur les- quelles votre vie repose ? Quelles sont les certitudes qui éclairent votre chemin ? De votre réponse dépend aujourd'hui l'avenir de l'Institut, de votre réponse dépend aussi le sens que beaucoup de jeunes trouveront à leur propre vie.
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faire de Dieu l'Absolu de nos vies et à être sacrements de sa présence, |
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courir les risques de la mission et à ne pas avoir peur de l'association pour le service éducatif des pauvres, |
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créer des liens affectifs entre nous et à nous valoriser mutuellement, |
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vivre la pauvreté sans nous installer, |
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garder limpide notre coeur et notre regard, |
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nous laisser conduire par l'Esprit, |
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nous sentir libres dans le Seigneur en étant avant tout fidèles à Jésus-Christ, à l'Évangile et à l'Esprit, |
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être pour les jeunes des multiplicateurs de la grâce de Dieu, |
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être des Frères sans frontières, ouverts aux besoins du monde, |
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ne pas prolonger le présent mais à découvrir l'avenir dans l'espérance et la créativité. |
Fraternellement en de La Salle
Frère Álvaro Rodríguez Echeverría
Supérieur Général
E-mail: arodriguez@lasalle.org
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