La Mission Éducative Lasallienne

Conférence de Cuernavaca de l’Association Internationale des Universités Lasalliennes
29 octobre 2004

Frère William Mann, FSC

Mes Remerciements

Avant toute autre chose, je veux tout d’abord vous remercier très sincèrement – an nom de l’Institut – pour :

• L’excellence pédagogique, l’innovation et l’attention aux personnes tellement évidentes dans le monde entier dans vos belles institutions du niveau tertiaire.
• Les relations si évidentes et toujours croissantes qui règnent dans les divers centres d’éducation supérieure de l’IALU (Association Internationale des Universités Lasalliennes) (En français : AIUL.)
• La collaboration croissante que nous observons dans de plus en plus nombreux secteurs de l’Institut entre les Institutions Lasalliennes d’éducation supérieure et le réseau d’autres institutions éducatives Lasalliennes au niveau des Districts.

Je tiens à vous assurer combien j’apprécie et vous remercie pour le rôle essentiel et très significatif qui est le vôtre dans la mission éducative Lasallienne, en ce début du vingt-et-unième siècle.

Un cadre pour faciliter la compréhension

J’aimerais vous suggérer l’image prise de la « théorie des systèmes » comme moyen de comprendre les remarques que je souhaite formuler aujourd’hui. L’image est celle d’une « famille »… où deux familles (ou plus) se mettent ensemble… chacune d’elles apportant ses propres qualités et manières de faire… où la connaissance des familles dont on vient aide à mieux comprendre les coutumes et le comportement… quand c’est replacé dans sa perspective particulière…

Chacune de vos institutions est, comme toute famille… le résultat d’un nombre de diverses influences. Comme avec chaque enfant dont les deux parents… dont les « familles d’origine »… apportent une influence distincte à la personne de l’enfant… Je vous invite à penser vos institutions d’une manière similaire.

De La Salle et la tradition Lasallienne est « un des côtés » de l’héritage et de l’histoire de la famille de votre institution. Cependant, le pays ou l’état dans lequel vous êtes situés….les règles et traditions culturelles et éducatives dont vous faites partie… le contexte ecclésial… les autres congrégations religieuses impliquées dans l’histoire de vos origines…Tout cet ensemble est, potentiellement, « l’autre côté » de l’héritage de votre famille.

En parlant de la « mission » de votre école du point de vue Lasallien, je ne prétends pas pouvoir parler de toute votre mission avec toute sa richesse et son caractère unique. Au contraire, je parle seulement ou principalement de l’héritage ou de l’influence de l’un des « parents » ou de l’une des « familles » où votre école prend son origine. La connaissance de cet héritage ou de cette influence ne peuvent qu’aider à mieux comprendre qui on est ou ce que l’on est.

Également, en partant de la « théorie des systèmes », j’aimerais faire une autre remarque, en guise d’introduction. Les origines ou « l’héritage » ou « la tradition » d’une personne ou de la « famille » d’une institution, bien qu’ayant une influence significative, ne doivent pas être un obstacle à sa croissance, à son développement, ou à sa créativité.

Il faut se rappeler qu’il y a deux principes fondamentaux dans tout organisme vivant. Les êtres vivants ont besoin de changer, tout en restant eux-mêmes. Il nous faut croissance et développement, et à la fois stabilité, cohérence et continuité. La mission éducative Lasallienne doit rester enracinée dans ses origines, mais aussi croître et évoluer d’une façon hardie et créative, pour répondre aux nécessités et réalités actuelles. On ne peut pas continuer à dépendre de nos origines dans l’école primaire française du dix-septième siècle pour répondre aux questions de l’éducation supérieure internationale du vingt-et-unième siècle.

À cet égard, j’ai toujours trouvé encourageant une image qui m’est tombée sous les yeux dans un livre de M. Scott Peck intitulé Le chemin le moins employé, où il indique les précautions à prendre quand on descend à bicyclette une colline escarpée. Si l’on va trop vite, on tombe de la bicyclette. Si l’on va trop lentement, on n’arrivera jamais au bas de la colline. Il faut continuer à avancer prudemment au fur et à mesure que notre compréhension de la mission éducative Lasallienne évolue en réponse à la réalité présente. Tout système vivant doit, à la fois, changer et rester le même.

Quelques caractéristiques de la « famille »

Les écoles de Jean-Baptiste de La Salle étaient un type particulier d’école – une réponse à une situation sociale, culturelle et religieuse de la France dans les années 1680. Une manière d’énumérer les caractéristiques de cette « tradition éducative » pourrait être :

• Un respect et une connaissance de chaque individu.
• Un travail éducatif de qualité, dans lequel la vie intérieure est encouragée et renforcée et où l’on fait acquérir les aptitudes et connaissances de base.
• Du matin jusqu’au soir (la première récompense pour un bon professeur, selon de La Salle est de lui donner d’avantage de travail).
• Manifester une ouverture et une solidarité avec les pauvres.
• Réalisé ensemble et par association… en proposant aux étudiants des témoignages attrayants et des comportements modèles accessibles… en encourageant l’implication et la responsabilité de l’étudiant.
• Qui réclame une préparation, une éducation et une formation permanente d’adultes pour ce travail. (Nous avons tendance à oublier que l’implication dans ce projet de de La Salle lui-même était centrée sur la préparation professionnelle des enseignants.)
La clé de l’éducation Lasallienne pour de La Salle consistait en la relation du professeur avec l’étudiant. Les professeurs invitaient les étudiants à entrer dans une nouvelle manière de se voir et de se comprendre eux-mêmes, de voir et de comprendre les autres, Dieu, et le monde autour d’eux (professeurs↔étudiants). Cette relation avait pour objectif d’inviter les étudiants à inventer un style nouveau de camaraderie (étudiants↔étudiants), et les occasions étaient nombreuses dans le système éducatif de de La Salle où les professeurs s’éffaçaient délibérément et encourageaient un enseignement quasi mutuel d’étudiant à étudiant.

Cependant, je crois que la vraie sagesse de de La Salle consistait dans l’idée que cette sorte de déplacement à l’intérieur de la communauté éducative – et, espérons-le, dans une société plus vaste également -- ne pourrait se produire que si l’invitation des professeurs aux étudiants…. que si l’encouragement des étudiants à vivre une relation plus humaine et plus chrétienne les uns envers les autres… avait pour modèle la manière dont les professeurs agissaient entre eux (professeurs↔professeurs. Comme il l’écrivit en de nombreuses occasions, « l’exemple fait beaucoup plus d’impression sur l’esprit et sur le cœur que les paroles. »

Ce que je présente ici, comme une brève vue d’ensemble, n’est qu’un des nombreux résumés ou énumérations de ce qui constitue les caractéristiques d’une institution d’éducation Lasallienne. Vous en trouverez d’autres dans les notes de bas de pages.

Caractéristiques « Familiales » représentées dans les Institutions actuelles.

• Espérons que cette vue d’ensemble servira, cependant, à expliquer pourquoi – à l’intérieur de cette sorte d’éducation Lasallienne au niveau tertiaire -- nous y trouvons les caractéristiques suivantes :

• Programmes de formation des Professeurs -- qui concernent la préparation et la formation d’adultes au travail éducatif.
• Programmes catéchétiques et ministère au sein du campus….de gestion des affaires, de formation d’ingénieurs, d’infirmiers, d’agriculteurs, de techniciens… de directeurs d’hôtels et de cuisiniers – qui soient l’assurance que cette formation prépare l’étudiant pour l’avenir.
• Le souci de la personne individuelle – clé de l’éducation Lasallienne.
• Engagement à enseigner d’une manière excellente – de La Salle, dans son souci que les « écoles aillent bien » et que l’enseignement soit adapté au niveau et aux besoins de celui qui apprend, éleva « le métier méprisé de maître d’école… au niveau d’une vocation digne qu’on y consacre toute sa vie. »
• L’option préférentielle pour les pauvres – la catégorie sociale dont l’abandon matériel, éducatif, spirituel dans la France du dix-septième siècle provoqua l’association de de La Salle et de ses premiers compagnons.
• Les programmes de ministère Pastoral, volontariat et occasions de service – tous deux chemins actuels vers l’intériorité et son expression la plus concrète (vie spirituelle).

Exemples d’Institutions Lasalliennes Modernes d’Éducation Supérieure.

L’un des avantages et l’une des joies de mon rôle de Vicaire Général de l’Institut et de la Famille Lasallienne est que j’ai l’occasion de visiter et de connaître beaucoup d’établissements d’Éducation Lasallienne dans diverses parties du monde. Les histoires ou exemples que je partage actuellement avec vous dans cette conférence ont pour but de vous inviter à la réflexion et à la compréhension.

L’Université La Salle à Philadelphie, USA

Il y a deux ans, lors d’une de mes tournées aux États Unis d’Amérique, j’ai passé toute une journée en rencontres et visites avec la faculté et le staff de L’Université La Salle à Philadelphie… où j’ai été incroyablement impressionné par l’excellente prise en main de la mission Lasallienne… me demandant « mais qui sont donc ces gens ? » et ne réalisant que durant le repas qui suivit qu’ils avaient été enrôlés dans l’Institut de Leadership Lasallien de la Région … une expérience qui a fourni un vocabulaire, mais qui, à l’évidence attisait la flamme qui brûlait déjà à l’intérieur.

Puis ce fut ma visite à la « clinique » parrainée par l’Université La Salle, en liaison avec le programme de l’école d’infirmier(e)s dans les plus pauvres des quartiers de Philadelphie… où les étudiants et les diplômés de cette université mettent en pratique ce qu’ils ont appris en cours… Ce fut dans ces cliniques locales pour population à risque – une action Lasallienne qui vaut la peine d’être dite et redite – que j’ai touché
du doigt le charisme… l’âme de l’Institution… le fil qui parcourt et réunit tellement de ces excellents programmes – ministère pastoral et catéchèse de jeunes, préparation des professeurs, affaires, communications – préparant les étudiants d’aujourd'hui à la compassion , la capacité et les aptitudes pour rendre meilleur le monde de demain.

Université de Saint de La Salle à Bacolod, Philippines

À Bacolod City, Philippines, l’Université de Saint de La Salle possède ce qu’on appelle des « droits d’inscriptions sociaux ». Ceux qui sont plus riches paient davantage et ceux qui sont financièrement plus vulnérables paient une inscription moins forte. L’implication volontaire des étudiants, de la faculté et du Staff sur des projets de travailleurs émigrés, la formation spirituelle et l’ouverture aux pauvres est rien de moins que très étonnante. l’Université a récemment ouvert sous son patronage un centre d’accueil de jeunes délinquants à leur « Bahay Pag-Asa (Maison de l’Espérance) Centre de jeunes »… des installations de traitement éducatif et résidentiel.

Oui, ce travail peut paraître en marge de l’essentielle activité intellectuelle d’une université ; mais c’est en soi un exemple de « l’héritage familial » d’écoles qui s’identifient elles-mêmes comme Lasalliennes. La manière dont l’université se comprend elle-même et ses relations avec l’environnement social dans lequel elle est située est formatrice de « l’idée d’une université » et d’une « expérience d’enseignement » sur ce terrain. Les étudiants ont l’occasion de faire le pont de ce qui peut être perçu comme une faille entre le monde du savoir et le monde du travail. Les valeurs centrales de l’environnement du savoir éducatif sont mises en pratique. C’est la « floraison » qui indique la vie de cette sorte particulière de « plante » que nous nommons éducation Lasallienne.

Le Système Universitaire de La Salle de Manille, aux Philippines

Un autre de nos centres d’éducation supérieure que j’ai visités, l’Université de La Salle des Philippines, possède une réputation extraordinaire, une liste impressionnante d’anciens étudiants, la plus haute catégorie d’habilitation que l’on puisse trouver dans le pays, et le record d’audacieuses et créatives réponses aux besoins les plus urgents.

Dans son discours inaugural du 13 août 2004, le Président, Frère Armin Luistro observa : « Alors que le Système de l’Université de La Salle a grandi par sauts et par bonds, en progressant d’une année à l’autre, notre nation a sans cesse vacillé… Et c’est pourquoi nous nous demandons dans quelle mesure sommes-nous vraiment devenus un soutien pour l’Église et pour la Nation ? »

Il continua en déclarant, « En poussant chacun à penser aux moyens qui permettraient à DLSU d’accroître son influence dans la transformation sociale, je ne demande pas à nos unités de laisser tomber ce qu’ils sont en train de faire. Au contraire, nous devons aspirer à exceller en ce que nous faisons… Permettez-moi d’insister sur le fait qu’en remplissant nos tâches extrêmement bien – que ce soit l’enseignement, les services administratifs, l’action sociale ou la recherche – nous devons être très conscients des dimensions sociales et des conséquences de nos actions, dans quelle mesure nous avons contribué, d’une manière plus ou moins significative, à transformer les autres et notre Nation »

Cet intérêt pour les conséquences de l’éducation de type Lasallien dans la société des Îles Philippines touche le cœur même de la mission Lasallienne, dont le Fondateur était un théologien de la Contre-Réforme ? Comme la lettre de Saint Jacques, texte très important pour la théologie de cette époque, l’indique si clairement : « La Foi qui n’agit pas concrètement est complètement morte » La Foi en Dieu et l’amour de mes frères et sœurs s’exprime par l’action.

 

Université de Bethléem, dans les territoires occupés de Cisjordanie ;

Pour mon quatrième exemple, je voudrais me tourner vers l’Université de Bethléem. Depuis quelques 30 ans déjà, les Frères des Écoles Chrétiennes ainsi que nos partenaires Lasalliens dirigent cette université dans les territoires Occupés de la Cisjordanie. C’est à la requête personnelle du Pape Paul VI, qui était lui-même affilié à l’Institut, que nous avons commencé ce travail dans l’espoir que les Arabes chrétiens de la Terre Sainte puissent bénéficier d’une éducation supérieure de qualité sans quitter leur patrie. Depuis ces débuts Chrétiens et Musulmans ont été accueillis comme étudiants à l’Université.

Si vous visitiez la Palestine vous connaîtriez une réalité… où les étudiants et professeurs Lasalliens en se rendant dans leurs classes à l’Université de Bethléem sont quotidiennement sujets à discrimination, humiliations et difficultés de tous genres quand ils franchissent les points de passage et de contrôle des Israéliens pour aller de chez eux jusqu’aux cours. On est d’ailleurs en train de construire un énorme mur de béton. On les fait souvent descendre du bus… attendre en longues files…pour que l’on puisse contrôler leur sacs et leur carte d’identité…qu’on les fouille à corps …et viole leur dignité humaine.

En Italie, au mois de septembre dernier, un congrès de paix fut parrainé par la Communauté San Egidio de Rome, en lien avec le Vatican. Plus de soixante pays étaient représentés. L’un des sujets présentés par la Présidence concernait le conflit « Israéliens-Palestiniens ». L’un de ses membres était un ancien étudiant de l’Université de Bethléem. Il avait travaillé quelques années dans les forces de sécurité de son pays. Il est particulièrement apprécié pour « son ouverture d’esprit et sa capacité d’écoute. Il basa sa présentation sur la nécessite de dépasser la perspective historique, les questions des droits et des torts et des dettes impayées.

« À son point de vue, le premier objectif est que les Arabes Palestiniens et les Arabes Israéliens apprennent à connaître les Juifs Israéliens. Dans la découverte de leur commune humanité, ils trouveront un intérêt mutuel et les manières de faire face aux problèmes apparemment insolubles du droit au retour, des colonies et de Jérusalem. Il a passé deux périodes de trois ans en prison israélienne ; mais maintenant il a des amis parmi les Juifs Israéliens ; et ses enfants jouent avec leurs enfants quand ils visitent Tel Aviv. »

Serait-ce trop espérer que… parmi les nombreuses et les myriades d’influence sur la formation de « la carte mentale et morale » de cet unique individu…puisse être l’éducation qu’il a reçue au niveau universitaire ? J’aimerais croire que la formation intellectuelle de quelqu’un… l’ouverture aux idées et aux personnes… change la manière de percevoir la réalité, influence les rapports aux autres et les invite à « la plénitude de vie ».

Quelques autres Caractéristiques « familiales » et Exemples d’aujourd'hui

Bien qu’il y aient tant d’autres exemples qui permettent des aperçus ou des intuitions sur la manière dont l’histoire des origines Lasalliennes a son impact ou est vécue dans les établissements d’éducation d’aujourd'hui et fait partie d’une tapisserie qui a plus de trois cents ans d’existence, je ne veux partager avec vous que deux autres exemples.

Je suppose que vous connaissez tous les deux réalités suivantes concernant Jean-Baptiste de La Salle et l’époque des origines.

• De La Salle était constamment pris par la difficulté de trouver des fonds afin que les professeurs puissent vivre… Les écoles étaient d’abord dépendantes des bienfaiteurs… Il était constamment en train de négocier des contrats avec l’Église et les responsables des villes.
• Pour ces adolescents au travail, qui étaient un peu plus âgés et pour lesquels les écoles de de La Salle arrivaient un peu trop tard, les Écoles du dimanche furent ouvertes… Personne ne devait être privé de la possibilité de s’instruire.

L’Université Sainte Marie du Minnesota, USA

Pendant cinq ans (de 1996 à 2001), j’ai été membre du Conseil d’Université à Sainte Marie, au Minnesota. C’est alors que j’ai pu le mieux apprécier les sortes de problèmes auxquels les universités actuelles doivent faire face – programmes, développement des étudiants, recherches académiques et éducation des professeurs en cours, recherche de fonds…

L’Université Sainte Marie possède un programme extraordinaire de ministère de pastorale universitaire, dans lequel les étudiants sont invités à croître en intériorité, à développer leur vie de foi, et à être des témoins des valeurs chrétiennes dans un grand nombre d’activités volontaires. En fait, j’aurais presque envie de dire que le « volontariat » était la marque distinctive des jeunes de cette université.

Je me rappelle avoir entendu un jeune diplômé, qui était alors dans sa deuxième année de volontaire Lasallien à plein temps, vivant en communauté avec les Frères et travaillant avec les pauvres, exprimer ses motivations de cette manière : « Mes grands- parents et mes parents voulaient une vie meilleure pour leurs enfants, et ils y ont réussi. Du fait de leur succès et de la bonne éducation que j’ai reçue, je sais que mon enfant en aura une au moins aussi bonne que la mienne. C’est pourquoi, il est temps pour moi, et c’est une obligation de faire quelque chose pour assurer que les enfants de familles moins fortunées puissent aussi avoir l’occasion de bénéficier d’une vie pleine et satisfaisante. »

Mais je veux surtout insister ici, au sujet de Saint Marie, et de reconnaître combien est difficile le travail qui s’y fait et combien est important l’engagement de ces hommes et de ces femmes des Universités Lasalliennes auxquels le travail de récolter les fonds a été confié. Sans des revenus financiers suffisamment importants, les professeurs ne recevront pas des salaires leur permettant de vivre; et les écoles ne pourront pas rester ouvertes. À l’Université Sainte Marie, j’ai pu vraiment apprécier les gens qui font ce dur travail; et mes rapports actuels avec le Conseil des Régents de l’Université de Bethléem, une école qui dépend presque entièrement de l’assistance financière extérieure, n’a fait que renforcer mon appréciation.

Si ça peut être une consolation pour ceux qui ont été chargés de ce travail difficile, le Fondateur lui-même a passé plus de temps et d’énergie à faire le travail que vous faites qu’il n’en a passé en classe.

École de La Salle et École Normale de Professeurs à Abancay, au Pérou.

Par avion vers l’intérieur du Pérou en novembre 2001…en voiture des heures entières par monts et par vaux … arrivée à une école primaire et une École Normale appelée La Salle… une école au service d’une population paysanne très modeste de fermiers de beaucoup de petits villages… une joyeuse assemblée de Frères, de professeurs, d’étudiants, de parents… Il y avait une crèche attachée à l’École Normale pour les bébés des pauvres mamans célibataires… crèche ouverte par décision prise au niveau local… pour maintenir en classe ces femmes vulnérables…La seule chance d’avenir pour ces femmes et leurs bébés était de recevoir une bonne éducation qui puisse leur obtenir un emploi valable.

Assis sur le sol de cette crèche avec les bébés et leurs mères, j’ai pu sentir la présence de Jean-Baptiste de La Salle, qui ne laissait aucun obstacle contrarier son effort pour être Bonne Nouvelle pour les artisans et les pauvres…pour qui personne ne pouvait se voir refuser l’accès à une éducation pleinement humaine et chrétienne.

De La Salle était audacieux et créatif dans ses efforts héroïques pour rendre une éducation Lasallienne de qualité accessible et durable en toutes circonstances.

Le Centre de la Mission Lasallienne

La Règle des Frères des Écoles Chrétiennes indique que « la fin de cet Institut est de procurer une éducation humaine et chrétienne aux jeunes, spécialement aux pauvres, selon le ministère que l’Église lui confie. » De plus, elle spécifie que

« Les institutions lasalliennes et leur pédagogie sont centrés sur les jeunes, adaptées à l’époque où ils vivent, soucieuse de les préparer à prendre leur place dans la société. Elles se caractérisent par la volonté de mettre les moyens de salut à la porté des jeunes, par une formation humaine de qualité et par une annonce explicite de Jésus-Christ. »

« Lorsque les Frères [et nous pourrions ajouter « nos Partenaires Lasalliens »] s’adressent à des adultes, ils s’inspirent de la même attention aux personnes et adaptent leurs méthodes en conséquence. »

Un réseau mondial d’écoles Lasalliennes et d’organisations pour la protection de l’enfance dans plus de quatre-vingt pays et comprenant approximativement neuf cents milles élèves… rendant visible et tangible la vision du Royaume de Jésus. Et plus de cent mille de ces étudiants sont dans des Institutions représentées en AIUL (Association Internationale des Universités Lasalliennes).

Dans la « chapelle d’hiver » de la Maison Généralice à Rome… il y a une peinture de Gagliardi, représentant « de La Salle en train de distribuer du pain » :

• De La Salle à la porte de sa maison de famille à Reims ;
• En temps de famine, il distribue ses biens en donnant du pain aux pauvres de la rue
• Un jeune garçon… dont la curiosité est éveillée …alors que sa faim est apaisée.
• Une jeune fille… une mère attirant l’attention d’un enfant sur le désintéressement de quelqu’un qui met l’Évangile en pratique… dans lequel il est possible d’atteindre et de toucher Jésus, qui ne garde rien pour Lui.

C’est un aperçu du Royaume bien exprimé dans l’Évangile de Jean 10, 10 (« Je suis venu pour qu’ils aient la vie, et qu’ils l’aient en abondance ») et en Jean 10, 11…(« Je suis le Bon Pasteur »… qui va à la recherche de ce qui est perdu… et exclus) . L’impératif évangélique à la racine de ces passages et au cœur de la mission éducative Lasallienne est bien exprimé dans ces paroles de Jésus : « Je suis venu pour qu’ils aient la vie, et qu’ils l’aient en abondance » C’est là qu’est la clé de la compréhension et du vécu de la mission éducative Lasallienne.

Comment, nous les Lasalliens, rendons-nous visible et tangible la « plénitude de vie » que Jésus propose à tous ? Vous ne travaillez pas avec des enfants, comme le faisaient Jean-Baptiste de La Salle et les premiers Frères dans la France du dix-septième siècle. Vous travaillez avec des adultes dans un contexte universitaire. Comment partagez vous ce que vous avez avec vos étudiants ?… et les encouragez-vous à s’entraider… dans l’espoir de rendre possible cette « plénitude de vie » pour eux et leurs familles (actuellement, à l’avenir, et pour toute l’éternité) ?

L’urgence de la Mission Éducative Lasallienne Aujourd'hui

Le 43e Chapitre Général des Frères des Écoles Chrétiennes en mai et juin 2000 a demandé aux « Lasalliens travaillant dans les Universités »… de contribuer à la mission éducative Lasallienne d’une manière toute spéciale, par notre engagement sérieux à la recherche dans le domaine du développement de la foi des jeunes, quelle que soit leur religion, et par la préparation et l’accompagnement des personnes chargées de la tâche difficile d’annoncer la Bonne Nouvelle dans un contexte toujours plus sécularisé et multi- religieux. .

Le Chapitre Général encouragea « les Centres Lasalliens d’enseignement supérieur » à « apporter leur contribution particulière pour répondre à ces urgences [en accordant une attention particulière à leur programme de recherche et de formation professionnelle ]»

Et quels étaient les points particuliers auxquels tout le réseau Lasallien avait besoin de votre aide ?

• Les droits de l’enfant dans un monde dans lequel les atteintes à ces droits ne sont que trop réelles.
• Le renouveau de l’éducation à une époque ou la compréhension du contenu et des moyens « d’apprendre » se développe rapidement.
• La proclamation explicite de l’Évangile, quand c’est possible, dans une culture de plus en plus complexe et sécularisée
• Un renforcement de notre présence Lasallienne à l’intérieur d’un pluralisme culturel et religieux.

Qui aurait pu prévoir en juin 2000 – au moment où le 43e Chapitre général était sur le point de s’achever – la guerre,… le terrorisme… l’instabilité et la division politiques… qui ont été la plaie de ces premières années du Vingt-et-unième siècle ? Ce qui est de plus en plus clair, c’est que prendre « au sérieux ce pluralisme religieux et culturel peut bien être l’affaire la plus importante de ce commencement de siècle »

En conséquence, je trouve très significatif, et peut-être même prophétique, que le 43e Chapitre Général désigna et affirma les caractéristiques suivantes qui devraient être visibles dans les établissements d’éducation qui s’identifient comme Lasalliens :

• « Le sentiment de communauté et de fraternité face à l’individualisme et à la dépersonnalisation ;
• La lutte contre la pauvreté et les situations d’injustice ;
• L’éducation pour la justice, la paix, la solidarité et la tolérance
• La formation de personnes libres et justes à la fois. »

Vous possédez dans vos institutions d’éducation supérieure cette portion de la Famille Lasallienne la plus capable de détenir le futur leadership de l’Église et de la Société. Que faisons-nous pour que cette éducation intellectuelle qu’ils reçoivent forme des générations de leaders engagés à :

• Lutter contre la pauvreté et l’injustice ?
• Être les champions de la paix, de la tolérance et de la solidarité humaine ?
• Accepter des responsabilités civiles et l’exercice d’une intendance responsable ?

La Contribution à la Recherche pour la Mission Lasallienne

La 12e Proposition de notre 43e Chapitre Général appelle à progresser dans le service éducatif des pauvres, et la réponse à cette proposition a dépassé toutes les espérances. La 13e Proposition a appelé les Régions, les Districts et les Délégations à établir des Commissions concernant le développement de la foi et l’engagement apostolique des jeunes, et la réponse à cette proposition a été décevante dans tant de secteurs de l’Institut. Je ne crois pas que le manque de progrès indique un manque de bonne volonté. Je crois plutôt que dans de nombreuses parties du monde nous sommes débordés par la tâche à laquelle nous sommes confrontés et indécis quant à ce qu’il faut faire et comment le réaliser.

En 1994, Frère Frederick Mueller, membre du Conseil d’Administration de Manhattan College, a terminé sa thèse de Doctorat à Boston College ; et il observe que, alors qu’il y avait un fort consensus au niveau de l’école secondaire au sujet des caractéristiques d’une école Lasallienne dans la Région USA/Toronto, il y a une certaine confusion au sujet de l’identité catholique de ces écoles.
En 2004, Frère Michael Sanderl de Saint Mary’s College de Californie, a terminé sa thèse de doctorat à l'Université de San Francisco, et il a observé que, alors que les jeunes universitaires des universités Lasalliennes dans la région USA/Toronto voyaient la contribution significative du programme du ministère du campus à l’identité Lasallienne sur les sept campus, la contribution à l’identité Catholique laissait à désirer.

Qu’est-ce que tout cela nous dit ? La recherche doctorale de ces deux hommes nous aide à mieux comprendre la réalité que nous vivons. Il y a actuellement des recherches statistiques faites à Paris par une groupe de professeurs d’université, à l’invitation du Frère Nicolas Capelle, Secrétaire de l’Institut à l’Éducation, pour nous aider à analyser les tendances des trente dernières années de l’éducation Lasallienne à travers le monde. Sont-elles les sortes de questions que vos universités – plus que les Districts de l’Institut – sont plus capables de traiter ?

Vous êtes sans doute au courant du sens que prend maintenant « la mission partagée » et la réalité naissante des Associés à l’intérieur de la mission éducative Lasallienne. En août 2004, Frère Lorenzo Gonzalez Kipper a complété sa dissertation doctorale à l’Université de Montemorelos, au Mexique ; et il a observé qu’au moins dans les Régions d’Amérique Latine et d’Espagne/Portugal, il apparaît que les éducateurs (Frères compris) s’associent pour la mission éducative tout d’abord autour de trois domaines – travail, relations et charisme. Sa recherche nous aide à mieux comprendre l’évolution vers l’inclusion et le partenariat… pour le bien de la mission… qui est une autre des recommandations du 43e Chapitre Général.

Le point principal sur lesquels j’essaie d’insister ici, c’est que les institutions d’éducation supérieure dans la Famille Lasallienne ont beaucoup à nous proposer … non pas en faisant ce qu’ils font déjà ou sont capables de faire … mais en apportant au service de tout le réseau Lasallien précisément cette expertise et ces talents qui sont les dons spécifiques d’une université.

Deux dernières observations au sujet de l’Éducation Supérieure d’aujourd'hui

Je voudrais faire deux dernières observations. L’une concerne la « sécularisation et l’Éducation Supérieure Catholique » et l’autre a trait au « besoin d’avoir des intellectuels Catholiques » dans les facultés des Institutions Lasalliennes d’éducation Supérieure. Ces deux idées sont vraiment des questions du vingt-et-unième siècle, et, alors qu’elles ont une grande importance en termes d’identité des écoles Lasalliennes et de l’importance du professeur dans l’éducation Lasallienne, nous ne trouverons pas facilement de réponses à ces questions dans les écrits de de La Salle.

Dans ces remarques, je suis les idées et les mots de James Heft, SM, le professeur d’université de foi et culture et chancelier de l’Université de Dayton. Frère Frederick Mueller, que j’ai déjà mentionné et le Dr. John Wilcox, , Vice-Président pour la Mission à Manhattan College, m’ont aidé, dans de récents échanges avec eux, à porter mon attention sur ces enjeux.

 

Sécularisation et Éducation Supérieure Catholique.

Une inquiétude se fait jour dans quelques « cercles d’éducation supérieure » au sujet de la question de l’identité catholique d’universités qui s’affichent comme catholique. Personnellement, je trouve que la citation suivante prise dans une conférence de James Heft, SM, convient parfaitement aux institutions Lasallienne d’éducation Supérieure Lasallienne d’aujourd'hui.

Dans le passé, pour beaucoup de « familles catholiques cherchant une université Catholique pour leurs fils et leurs filles, les religieux et les prêtres étaient des signes visibles que l’Institution était catholique. Alors que la présence de religieux et de prêtres sur le campus dans le corps professoral n’a pas toujours assuré une vie intellectuelle dynamique ; leur présence assurait vraiment aux parents que leurs enfants seraient en contact avec des gens qui avaient consacré leur vie tout entière au Christ, à l’Église et à l’évangile. Maintenant qu’il y a moins de prêtres et de religieux, et maintenant qu’on tend vers des directions de plus en plus laïques, quels vont être les signes visibles que l’université et le Collège sont Catholiques ? Comment les programmes de recherche , les curriculum, la vie liturgique du campus, l’art et la musique manifesteront-ils cela dans la nouvelle ère où nous entrons, une ère qui, j’en suis sûr, est conduite par le Saint-Esprit ? »

La Nécessité d’avoir des Intellectuels Catholiques dans l’Éducation Supérieure Catholique

Vous êtes tous beaucoup plus que moi au courant de l’importance centrale de « la vie intellectuelle » dans une université ou une institution d’éducation supérieure. C’est là qu’est mon souci – ceux d’entre nous qui comprenons l’importance de l’éducation et de la formation d’une identité Lasallienne et d’une mission Lasallienne pour tous les membres d’une communauté Lasallienne d’enseignement – nous pourrions oublier un aspect également fondamental et peut-être plus profond de la vie du corps professoral dans nos institutions.

Encore une fois, je trouve la citation suivante (d’une conférence différente) de James Heft, SM, tout à fait adaptée aux institutions Lasalliennes d’éducation supérieure Lasallienne d’aujourd'hui.

Pour que nos universités Catholiques puissent avoir un avenir, il nous faut des intellectuels Catholiques dans nos corps professoraux. Si savoir et religion demeurent séparés, il est impossible à un catholique d’être un intellectuel. Et vraiment, il y a ceux… qui croient que non seulement une université Catholique est une réalité contradictoire, mais l’est aussi un intellectuel catholique. Sans intellectuels Catholiques, nous n’aurions pas d’universités catholiques. Les intellectuels catholiques, cependant, sont guidés par des habitudes de pensée. Par exemple, ils savent que plus on pénètre profondément dans l’humain, moins on peut laisser échapper les questions éthiques et religieuses ; plus profondément on s’introduit dans n’importe quelle sorte de connaissance, plus il est nécessaire de faire des rapports avec d’autres domaines de la connaissance ; plus une culture religieuse est dynamique, plus elle formera et apprendra d’une culture plus vaste. L’intellectuel Catholique est un croyant, nourri par la Parole et le Sacrement. Sans intellectuels catholiques, nous n’avons aucune expérience académique spécifique à offrir dans nos universités. »

Conclusion

À titre de conclusion, je voudrais me référer à une « Déclaration de la Communauté du Conseil Général » qui fut adressée à toute la Famille Lasallienne en septembre 2002 par le Frère Supérieur et le Conseil Général. Nous avons déclaré clairement et sans ambiguïté que nous « avalisons le rôle significatif joué par nos institutions d’éducation supérieure à l’intérieur du réseau des ministères Lasalliens. » J’espère que vous avez vu ce document, et j’espère sincèrement que nous pouvons être partenaires ensemble.

Puisse le temps que vous passez ici à la Conférence Lasallienne de Cuernavaca vous aider et vous soutenir dans vos efforts pour rendre nos institutions accessibles, viables, et accueillantes pour tous. Merci de votre invitation à participer au dialogue que vos institutions et vous êtes en train d’avoir ici ces jours-ci.

Je sais que les questions auxquelles vous devez faire face dans votre travail sont diverses et provocatrices… Je sais aussi qu’elles sont de merveilleuses occasions… La paix du monde… la dignité de la famille humaine… en dépendent… le travail que vous faites… ce saint travail de Dieu.

Dieu vous bénisse… Dieu bénisse votre travail… Dieu bénisse votre rencontre ces jours-ci… Merci.

Si vous avez des nouvelles que vous souhaiteriez nous voir publier, veuillez nous les communiquer par e-mail :lasallew@lasalle.org


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