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PRÉSENTATION ET COMMENTAIRE
3 Mai 2000
Frère John Johnston, FSC
Supérieur général
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LE RAPPORT DU FRÈRE SUPÉRIEUR GÉNÉRAL AU 43ème CHAPITRE GÉNÉRAL
Introduction
L'article 111 de la Règle demande que le Frère Supérieur fasse un rapport au Chapitre général sur la façon dont lui, le Conseil général et les Services généraux ont accompli leur mandat. Pour que ce rapport soit aussi exhaustif que possible, j'ai demandé la participation de tous les membres du Conseil général et des Services généraux. Le travail fait en commission sur le rapport a commencé il y a un an et demi. Le Conseil au complet a étudié et révisé les travaux des commissions au cours des mois de juin et de septembre 1999. Une fois que nous sommes parvenus à un consensus sur ce document, je l'ai approuvé comme mon rapport officiel au Chapitre général. Nous avons publié ce rapport il y a plusieurs mois pour en permettre l'étude avant le début du Chapitre général.
Mon but ce matin n'est pas de passer en revue ce rapport, mais de réfléchir avec vous sur quelques-uns des thèmes qui, je crois, méritent de retenir sérieusement l'attention du Chapitre. Je ne prétends en aucune façon, cependant, donner à penser que ce sont les seuls sujets importants. Ces thèmes sont les suivants:
1. Les différentes façons de vivre le charisme lasallien: Frères, Partenaires, Associés
2. Quelques aspects de la Mission lasallienne
3. Le Gouvernement central
4. Pardon, Gratitude, Engagement renouvelé:
320 années de vie du charisme de Jean-Baptiste de La Salle
1. Façons diverses de vivre le charisme lasallien: Frères/ Partenaires/Associés
Dans Le Défi: Vivre aujourd'hui notre histoire fondatrice, j'ai proposé le mot charisme comme façon commode de donner sens au vécu de notre expérience contemporaine de la vie et de la mission lasalliennes. Des hommes, des femmes et des jeunes vivent de façons différentes le charisme que l'Esprit a répandu sur Jean-Baptiste de La Salle. Il me semble que nous pouvons faire une distinction entre le charisme lasallien - le charisme de Saint Jean-Baptiste de La Salle - et les façons spécifiques de vivre ce charisme, façons qui sont des dons de l'Esprit. Nous pouvons aussi appeler ces dons des charismes.
La façon originelle de vivre le charisme lasallien est en tant que Frère des Écoles Chrétiennes. Néanmoins, d'autres façons sont de plus en plus évidentes. Jean Paul II écrivant sur l'expérience actuelle des instituts religieux décrit très exactement notre situation. Il parle d'un "chapitre nouveau" dans les relations entre les personnes consacrées et les laïcs et du "rayonnement d'une spiritualité qui porte à l'action au-delà des frontières de l'Institut." Il parle "des approfondissements inattendus et féconds de certains aspects du charisme." (VC,55) Neuf années auparavant notre Règle avait défini et reconnu avec approbation que "L'Esprit de Dieu a donné dans l'Église, en la personne de saint Jean-Baptiste de La Salle un charisme qui anime aujourd'hui encore les Frères et "de nombreux éducateurs" (je souligne).Ce don de l'Esprit "déborde le cadre de l'Institut qu'il a fondé".L'Institut considère l'existence des divers mouvements lasalliens comme "une grâce de Dieu qui renouvelle sa propre vitalité." (Règle 20,146)
J'étudie maintenant les trois façons dont des hommes; des femmes et des jeunes vivent le charisme lasallien; comme Frères, comme Partenaires lasalliens, et comme Associés lasalliens. Je crois que ce Chapitre général doit faire un document, dans un langage sans ambiguïté, qui décrive, distingue et encourage fortement chacune de ces façons de vivre le charisme lasallien. Nous avons besoin d'un tel document non seulement parce que le Chapitre doit reconnaître et proclamer cet événement providentiel, mais aussi parce que ce développement est pour certains Frères cause de confusion et les désoriente. Étant donné la participation de laïcs, hommes et femmes, à la vie lasallienne, ils s'interrogent sur l'identité et le rôle du Frère et plus précisément sur le leur. Certains pensent, ou du moins soupçonnent, que l'attention accordée à la participation des laïcs à la mission lasallienne est un signe que l'Institut a perdu l'estime pour la vocation de Frères et a abandonné tout espoir pour l'avenir. De ces Frères il s'en trouve dans tous les groupes d'âges.
Manque de clarté dans le langage
Le problème, est bien sûr profond et a de multiples facettes. Sans aucun doute beaucoup de facteurs entrent en jeu. Un d'entre eux est le manque de clarté dans le "langage". Je ne parle pas du langage particulier que nous employons, mais du "lexicon" ou vocabulaire de notre Institut. Les mots sont extrêmement importants. Non seulement ils expriment la réalité, mais ils aident à créer la réalité. Quand les mots sont précis et sans équivoque, ils contribuent à la construction de la réalité que nous voulons. Quand, au contraire, ils sont vagues ou obscurs ils contribuent à la construction de réalités qui sont nébuleuses, ambiguës et en conséquence non satisfaisantes.
Frères, je n'ai aucune formation en linguistique, je suis certainement coupable d'un manque de précision dans mes écrits et mes conférences. Néanmoins, j'espère que ce matin je puis faire partager ma préoccupation d'une façon intelligible. Pour nous exprimer intelligemment et sérieusement comme membre d'une famille religieuse internationale nous devons avoir une compréhension commune des concepts fondamentaux. En outre, nous devons pouvoir définir des notions en termes qui soient précis, clairs et sans ambiguïté. Que nous parlions des langues différentes dans un corps international, et soyons obligés de traduire les mots que nous employons, est une complication supplémentaire. Même les mots apparentés ont des nuances de différences de sens. Cependant, lorsque la traduction de certains mots dans une autre langue est malaisée ou même impossible grammaticalement, la communication devient encore plus difficile.
Pour illustrer ce que je veux dire, je vous donne un exemple. Quand l'Institut a introduit dans son lexique le mot français régional (un nom), ceux d'entre nous qui parlons anglais, avons rencontré un problème: en anglais le mot existe uniquement comme adjectif. En conséquence, dans la Règle de 1986, nous avons traduit le mot français régional par "regional representative". Le résultat fut une confusion. Le nom régional signifie le chef de la région. "Regional representative", lui, peut signifier soit le chef, soit le secrétaire, soit un autre membre et est par conséquent ambigu. La question était très importante parce que lorsque la personne exerçait cette fonction à plein temps; elle était, de par sa fonction, membre de droit au Chapitre général. Ce problème a provoqué une confusion en 1993. Le chapitre de cette année-là a clarifié le point, mais une certaine ambiguïté demeure dans la Règle. Cet exemple illustre le défi auquel nous sommes confrontés pour parvenir à une compréhension commune et à exprimer ces compréhensions en termes exacts et clairs qui rendent le sens accessible aux lecteurs et aux auditeurs.
Une autre dimension du problème est que quelquefois nous employons les mots sans rigueur, c'est-à-dire, sans les définir. Nous supposons que les lecteurs et les auditeurs interprètent les mots comme nous le faisons. Un lecteur ou un auditeur attentifs, cependant, ne peut pas savoir avec certitude qu'il comprend ce que des termes particuliers veulent dire, lorsque deux interprétations, voire davantage, sont possibles
Des exemples de mots que les Frères et les laïcs emploient avec des compréhensions imprécises ou variables ne sont pas difficiles à trouver: association, partenaires, associés, groupes, Institut, District, Lasallien, écoles lasalliennes, mission partagée, famille lasallienne, les pauvres, prophétie, prophètes, refondation, institut séculier, sociétés de vie apostolique... Je voudrais proposer quelques réflexions sur trois de ces expressions: associations, partenaires et associés.
Association
Le Frère Michel Sauvage dit que "le mot association ne se trouve que sept fois dans les écrits lasalliens" (Lasalliana, N° 49). Mais, la notion a une signification très riche et est l'objet de beaucoup de discussions aujourd'hui. Nous pouvons être reconnaissants de ce que, pour attirer un renouveau d'attention sur le mot association, le 41ème Chapitre général ait changé le nom de notre quatrième voeu en "association pour le service éducatif des pauvres". L'article 39 de la Règle dit que par ce voeu les Frères s'engagent à tenir ensemble communautairement des écoles ou des centres d'éducation chrétienne accessibles aux pauvres. L'article 39 rappelle l'"acte d'association" de 1694, un des moments les plus importants des "événements historiques" qui constituent notre histoire fondatrice. De La Salle et douze Frères ont prononcé les voeux perpétuels d'association pour tenir ensemble des écoles gratuites, d'obéissance et de stabilité. Puis ils ont élu Jean-Baptiste de La Salle Supérieur. En effet cet "acte d'association" a constitué la "Société des Frères des Écoles Chrétiennes" (Circulaire 406, p. 54)
Employant ce que je préfère appeler formule de "consécration" plutôt que "voeux" le Fondateur et les premiers Frères se sont consacrés entièrement au Père, Fils et Saint-Esprit pour procurer la gloire de Dieu autant qu'il leur serait possible et que Dieu le demanderait d'eux. "C'est pourquoi" ils firent la promesse et le voeu de s'associer et de vivre en société avec d'autres hommes qui avaient reçu le même appel de Dieu. Ils indiquèrent ainsi les manières précises dont ils croyaient que Dieu les appelait à vivre cette consécration totale. Ils dirent sans ambiguïté que leur but, en s'assemblant, était de "tenir ensemble et par association les écoles gratuites". En s'engageant à persévérer même s'ils étaient obligés de mendier et de vivre de pain seulement et de faire quoi que ce soit que la Société demanderait d'eux, ils ont révélé que leur engagement touchait au coeur même de leur être. "C'est pourquoi", c'est-à-dire, en vue de cette consécration totale à Dieu comme Frères, ils firent le voeu d'association, d'obéissance et de stabilité.
Inclus dans l'acte de consécration des premiers membres de l'Institut il y a un engagement à la chasteté de célibat. Ils ne firent pas profession du voeu de chasteté mais les Règles communes ne laissent aucun doute que la chasteté de célibat était une dimension essentielle de leur identité comme Frère. De la même façon ils ne firent aucun voeu de pauvreté, mais ils vécurent pauvrement dès le début. Il est clair à partir de ses écrits que De La Salle considérait la pauvreté, de même que la chasteté de célibat, comme une autre dimension essentielle de la vie et de la mission des Frères. Un amour sincère de la pauvreté permettait aux Frères; dit-il, de "toucher les coeurs" des enfants pauvres.
Quand La Salle utilisait le mot "association", par conséquent, il voulait clairement parler de ce que les sociologues appellent "une communauté intentionnelle", c'est-à-dire, ce type de groupe qui impose le plus d'exigences sur ses membres individuels. Dans une communauté intentionnelle les membres vivent, travaillent et se récréent ensemble. Ils abandonnent volontairement le contrôle sur des choix qui sont normalement considérés comme privés pour établir une nouvelle façon de vivre. La mission transcendante du groupe ou son but, prend la préséance sur les besoins des membres individuels. (Patricia Wittberg, Creating a Future for Religious Life, pp. 3-4) C'est dans ce sens que nous comprenons notre union comme Frères des Écoles Chrétiennes, notre union comme membres de Districts, sous-districts ou délégations et notre union comme membres de communautés.
Notre mot traditionnel association signifie, par conséquent, "communauté intentionnelle". Malheureusement, la société contemporaine utilise le mot association dans un sens opposé à "communauté intentionnelle". Il décrit des groupes qui imposent le moins d'exigences à leurs membres. Ceux-ci investissent une certaine partie de leurs ressources dans la recherche du but ou objectif communs, mais ils conservent leur autonomie personnelle. (Wittberg),. Ce n'est pas du tout la façon dont La Salle a compris le mot. Il n'y a absolument aucun doute que pour le Frère des Écoles Chrétiennes "association" signifie "communauté intentionnelle". Nous avons par conséquent un heurt entre deux significations. Le même mot a deux définitions fondamentalement opposées. Quand nous utilisons le mot, par conséquent, nous devons le définir ou au moins le décrire clairement, sinon, nous ne parvenons pas à exprimer notre pensée. Nos lecteurs et nos auditeurs ne sont pas sûrs de ce que nous essayons de dire.
Association de Fidèles chrétiens
L'Église aujourd'hui utilise l'expression association comme la société contemporaine et les sociologues et pas du tout comme le Fondateur l'employait. Le Code de Droit Canon parle d'associations de Chrétiens fidèles qui sont "distinctes des instituts de vie consacrée". Dans ces associations les fidèles "tendent par un agir commun à favoriser une vie plus parfaite" et à s'engager dans des "activités d'évangélisation" ou à exercer des oeuvres de piété ou de charité. Les chrétiens sont libres d'établir entre eux, par des accords privés, de telles associations. Les membres mènent une vie apostolique et s'efforcent de marcher vers la sainteté tout en vivant dans le monde. Certaines associations "participent à l'esprit d'un institut religieux" et "sont appelées tiers-ordres ou portent un autre nom approprié". Elles ont leurs propres statuts, siège et gouvernement. (Code de Droit Canon 298,299, 303, 304)
Partenaires lasalliens
Le Chapitre général de 1993 a employé le mot français partenaires pour indiquer les relations mutuelles étroites qui sont possibles entre les Frères et leurs Collègues. En anglais la traduction littérale de partenaires s'est révélée satisfaisante en général mais pas totalement. Les Frères espagnols et italiens, en revanche, n'ont pas accepté le mot. Des essais pour exprimer le même sens au moyen d'autres mots n'ont pas été totalement satisfaisants. Je n'ai pas d'information sur l'expérience de ceux qui parlent les nombreuses autres langues utilisées dans l'Institut.
Le sens fondamental que nous voulons saisir et communiquer est, je pense, clair. L'intention est d'exprimer les "relations mutuelles étroites" qui sont possibles entre les Frères et les laïcs, hommes et femmes, les prêtres et les religieux qui travaillent avec eux dans les missions lasalliennes. J'interprète "Partenaires" ou "partners" comme incluant les personnes qui participent au charisme lasallien de façons très diverses et à des niveaux différents d'engagements. Je ne pense pas que "partners" doive signifier une catégorie officielle de personnes qui travaillent avec d'autres qui ne seraient pas considérées comme "partners". Au lieu d'insister sur ceux qui sont "dedans" ou "dehors" nous devons encourager chacun à devenir participant actif dans la tâche de créer des écoles qui soient authentiquement lasalliennes.
Associés lasalliens
L'Institut a donné une grande priorité au développement d'écoles animées par des communautés éducatives de Frères, de laïcs, hommes et femmes, de prêtres et de religieux partageant des responsabilités comme partenaires. Les résultats ont été très positifs et encourageants. La Règle dit aussi que les Frères offrent à ceux qui le souhaitent un partage plus intensif de la spiritualité lasallienne, les encourageant à prendre un engagement plus explicite. Beaucoup de partenaires lasalliens ont, en fait, essayé de vivre leur consécration baptismale en accord avec le charisme de Jean-Baptiste de La Salle. Certains, relativement peu nombreux, sont devenus membres de groupes ou de communautés de foi - c'est-à-dire, des associations - inspirés par ce charisme. La plupart des partenaires, cependant, se sont contentés de vivre leur engagement de tout coeur comme membres de la communauté éducative plus grande. Ils n'ont pas exprimé le désir de devenir membres d'une association lasallienne.
D'un autre côté certains de nos partenaires lasalliens manifestent le désir d'être plus étroitement et plus officiellement associés à la mission lasallienne et à l'Institut. Ils veulent être Associés lasalliens. Bien que nous manquions de données précises, il y a des indications que leur nombre grandit. Je pense qu'il est important que le Chapitre général prenne au sérieux cet intérêt et y réponde d'une façon créative. J'ai observé que des instituts religieux quin'ont pas beaucoup d'écoles ni d'enseignants n'ont pas donné une grande priorité au développement de ce que nous appelons mission partagée. Beaucoup d'entre eux, en revanche, ont fait beaucoup plus dans la promotion d'associations. Un observateur a parlé d'une explosion d'associations liées aux instituts religieux. Une soif de "spiritualité" est évidente dans beaucoup de pays aujourd'hui. La spiritualité lasallienne, est, bien sûr, apostolique, enracinée dans l'esprit de foi et de zèle et soutenue par la prière. Je crois que nous devrions promouvoir la création d'associations de personnes qui soient spirituellement et apostoliquement motivées et veulent vivre l'esprit de foi et de zèle en groupes ou en communautés de foi.
Différentes sortes d'associations liées à l'Institut existent déjà. Par exemple, plus de huit cent hommes et femmes dans environ trente pays - enseignants, membres de la direction, parents, anciens élèves, amis, - sont membres de Signum Fidei. D'autres lasalliens participent à des "équipes lasalliennes" dans des communautés de foi et de zèle qui n'ont pas de titre spécifique, et dans un Tiers Ordre. En outre, nous avons des centaines de Volontaires lasalliens, à plein temps ou à temps partiel, et aussi des groupes de Jeunes Lasalliens. Tous sont des formes d'associations lasalliennes.
J'espère que le Chapitre général, profitant pleinement de la présence de nos consultants, accordera une grande attention à ce sujet des associations.
Partenaires lasalliens et Associés lasalliens
J'ai employé les mots Partenaires lasalliens tels que le 42ème Chapitre général les a employés. L'utilisation que je fais de l'expression Associés lasalliens est, en revanche, personnelle. Je l'ai choisie parce que beaucoup d'autres instituts religieux utilisent le mot associés pour décrire les membres des groupes qui sont liés à eux. En outre, ceux que j'appelle Associés lasalliens appartiennent à des groupes que le Droit Canon désigne comme associations privées de fidèles.
Je ne prétends pas parler nécessairement en faveur des deux appellations: Partenaires lasalliens et Associés lasalliens. Par contre, je parle en faveur de deux appellations différentes qui décrivent deux catégories lasalliennes distinctes, je veux dire, des hommes et des femmes qui partagent le charisme lasalliens de deux façons différentes.
Les Frères
La façon originelle de vivre le charisme lasallien est, bien sûr, en tant que membre de l'Institut des Frères des Écoles Chrétiennes. Nous avons besoin de ré-affirmer les paroles très fortes et dynamiques de l'article 141 de la Règle, un article qui exprime la conviction de ses auteurs, les capitulants du 41ème Chapitre général:
Les mots de saint Jean-Baptiste de La Salle sont toujours vrais: "cet Institut est d'une très grande nécessité. Les jeunes, les pauvres, le monde et l'Église ont besoin du ministère des Frères.
Frères, au nom de l'exactitude et de la précision, citons cet article avec soin. Certains le citent comme une affirmation de la mission lasallienne et de tous ceux qui participent à cette mission. Ce n'en est pas du tout l'intention. Cet article est une affirmation éclatante qu'AUJOURD'HUI les jeunes, les pauvres, le monde et l'Église ont besoin de la vocation des FRERES DES ÉCOLES CHRÉTIENNES
Ce Chapitre général doit proclamer notre vocation vigoureusement, avec assurance et publiquement. Grâce à Dieu, nous avons des jeunes qui entrent dans nos noviciats chaque année en nombre relativement élevé, du moins dans certaines régions de l'Institut. Pour eux d'une façon particulière, nous devons éviter à tout prix l'absence de clarté et la confusion concernant l'identité des Frères. Il ne peut y avoir aucun flou dans la distinction entre Frères, Partenaires lasalliens et Associés lasalliens. Dans ma lettre pastorale j'ai cité Soeur Judith Merkle:
Les Communautés religieuses (instituts) ont besoin d'une identité claire au sujet de leur appartenance principale pour pouvoir inviter d'autres à une participation sélective. Elles maintiennent les frontières nécessaires pour leur propre identité et respectent le fait que ceux qui veulent une participation sélective ont une appartenance principale quelque part ailleurs. Plus une communauté religieuse est une association au hasard, plus elle se dirige vers une confusion d'identité et vers la dissipation, Elle ne sera pas un havre de paix pour d'autres car sa propre maison n'est pas en ordre." (A Different Touch p.156)
Association, Partenaires lasalliens, Associés lasalliens... Pour éviter des conséquences négatives utilisons ces termes avec beaucoup de précaution.
2. Des aspects de la Mission lasallienne
Pour "vivre aujourd'hui notre histoire fondatrice" tous les participants à la mission lasallienne - Frères, partenaires et associés - doivent prendre au sérieux l'article de la Règle qui nous ordonne de nous engager d'une façon décidée pour créer, renouveler et diversifier nos oeuvres selon les besoins du Royaume de Dieu. Toute école et centre lasallien doit être "un signe du Royaume". Ses orientations, son atmosphère et la qualité de ses relations doivent "signifier" la communion interpersonnelle que le Règne de Dieu demande. Plus encore, chaque école et chaque centre doit être un "moyen de salut". Notre ministère nous impose de "travailler efficacement à la construction du Royaume de Dieu " (Règle 11,3,69)
Jean Paul II écrit que le Règne de Dieu "vise à transformer les relations humaines; il croît graduellement à mesure que les gens, lentement, apprennent à vivre, à pardonner, et à se mettre au service les uns des autres". Sa nature est "de communion entre tous les êtres humains - les uns avec les autres et avec Dieu". Il s'efforce de réaliser "la fraternité universelle, car tous les hommes et toutes les femmes sont fils et filles du même Père et frères et soeurs dans le Christ." (Redemptoris Missio, 14,15,43)
Dans notre mission d'éducation humaine et chrétienne des jeunes, des jeunes pauvres en particulier, nous rendons visible la présence aimante et salvatrice du Christ. Jésus s'est consacré lui-même à proclamer et établir le Règne de Dieu. Par conséquent, nous devons faire de même. Chaque aspect de notre mission éducative à tous les niveaux, contribue à la quête de la fraternité universelle, à la communion les uns avec les autres et avec Dieu. Il n'est pas dans mes intentions de parler de tous les aspects de notre mission. Je me limite à quelques remarques brèves sur l'éducation de la foi, l'éducation des pauvres, l'éducation à la justice sociale et à la promotion de la justice, en particulier en faveur des enfants et des jeunes.
Éducation de la foi
Frères, je crois que l'éducation de la foi doit être un thème majeur de ce Chapitre général. Je suis encouragé par ce que je perçois être une conscience rénovée que notre principale fonction, en tant que Frères, est d'éduquer les jeunes dans la foi. Un programme fort et efficace d'éducation de la foi est une caractéristique indispensable de l'école lasallienne. Je n'ai pas à vous dire que le défi est très grand. Je n'ai pas non plus à vous donner les raisons pour lesquelles ce défi est très grand.Quelles que soient les difficultés, cependant, nous devons trouver le "moment opportun" et le "langage approprié pour dire Jésus-Christ" (Règle 15) Etre catéchiste par vocation c'est aimer et respecter nos jeunes comme des personnes humaines distinctes. C'est les accepter "tels qu'ils sont" et les prendre au sérieux. C'est marcher côte à côte avec eux, leur permettant de partager ouvertement leurs perplexités leurs questions au sujet du sens de la vie et au sujet de la foi religieuse. Etre catéchiste par vocation c'est partager avec les jeunes ce que nous voyons, pensons et croyons, sans essayer de leur imposer notre foi.
L'effort pour faire de nos écoles d'authentiques communautés chrétiennes qui "soient signe" de la communion qui caractérise le Royaume de Dieu est déjà un engagement dans l'éducation de la foi. Cependant, nous devons faire davantage. Nous devons améliorer la qualité et quelquefois la fréquence de nos leçons d'éducation dans la foi ou les études religieuses. Nous devons renforcer nos programmes de pastorale, et les rendre accessibles à tous les jeunes de nos écoles. Nous devons donner une priorité plus grande au développement et à l'accompagnement du mouvement des jeunes Lasalliens, qui, je le crois, est un événement Providentiel de nos jours. Je crois aussi que nous devons faire tout ce qui est possible pour incorporer dans nos programmes de pastorale des occasions pour les jeunes de servir les économiquement pauvres, les marginalisés, les malades, les isolés, les illettrés chez nous et à l'étranger.
J'espère, qu'en plus d'insister sur la place essentielle que l'éducation de la foi doit avoir dans nos priorités, le Chapitre parlera aussi de la nécessité de procurer une formation catéchétique et théologique solide à nos jeunes Frères. En outre je souhaiterais que le Chapitre reconnaisse et proclame les institutions lasalliennes d'enseignement supérieur qui préparent des catéchistes et des enseignants de religion et les presse de faire encore plus. Dans ma Lettre pastorale j'ai mentionné que quelques Frères demandent si nous exerçons aujourd'hui le leadership dans le domaine de l'éducation de la foi que nous devrions exercer. Je pose la question moi-même et encourage le Chapitre à la considérer.
Éducation des pauvres
Frères, je crois que ce Chapitre devrait passer en revue les progrès que les districts ont fait dans la mise en oeuvre des articles 40a et 19a de la Règle. Mon impression est que les situations sont très inégales. Néanmoins, certains districts ont pris des mesures décisives pour faire de l'éducation des pauvres la priorité effective. Beaucoup de Districts ont renforcé les oeuvres existantes pour les pauvres. Certains ont libéré des Frères pour l'éducation des pauvres, dans le pays ou à l'étranger, en cédant des postes de direction ou d'enseignement et même des écoles entières à des partenaires laïcs. Un certain nombre de districts ont créé de nouvelles écoles et de nouveaux centres éducatifs pour les économiquement pauvres et les marginalisés.
Frères, vous savez que le Chapitre peut changer l'assemblée générale en une commission plénière de discussion pour l'étude de questions précises. Je recommande que le Chapitre consacre au moins une de ces séances au partage des expériences de mise en oeuvre des articles 40a et 19a. Je crois qu'un tel partage d'expériences encouragerait les capitulants et les consultants et les provoquerait à faire encore davantage.
Éducation à la justice sociale
Nous devrions examiner aussi nos efforts pour éduquer nos jeunes à la justice sociale. Dans littéralement des centaines d'écoles et d'assemblées et de rencontres d'enseignants, j'ai exprimé la conviction qu'aucune institution, quel que soit le type d'éducation qu'elle assure et quel que soit l'âge des élèves, ne peut légitimement employer le label Lasallien si les élèves n'y apprennent pas à être des frères et des soeurs, non seulement entre eux, mais envers ceux qui sont dans le besoin. Quelle est votre expérience personnelle? Que pouvons-nous faire pour améliorer la situation?
La promotion de la justice, en particulier pour les enfants et les jeunes
Le 42ème Chapitre général a recommandé que les districts, les écoles et les membres des communautés éducatives prennent un engagement significatif pour la promotion de la justice, en particulier en ce qui concerne l'alphabétisation et les droits des enfants. J'ai appelé les Lasalliens à participer activement à la lutte contre les injustices de toutes sortes. Y a-t-il des exemples concrets de progrès dans ce domaine?
Dans trois lettres pastorales et dans beaucoup de rencontres et de conférences, j'ai dit que je crois que notre charisme lasallien invite les Frères, les partenaires et les associés à faire de la solidarité avec les délaissés, les abandonnés, les marginalisés et les enfants exploités un thème particulier d'action pour notre mission. Beaucoup de Lasalliens ont exprimé leur accord. J'espère que ce Chapitre général proposera la défense des droits des enfants et des jeunes comme une façon spécifique pour les Lasalliens de "vivre aujourd'hui l'histoire fondatrice" et indiquera des actions concrètes que les lasalliens peuvent entreprendre.
3. Gouvernement central
Essayant d'être à la fois exhaustif et transparent, nous consacrons environ quinze pages de notre rapport au thème du gouvernement, nous concluons par des "défis et recommandations". Je n'ai pas l'intention de répéter ce qui est déjà dans le rapport. Je vais, à la place, présenter quelques réflexions personnelles sur certains aspects du gouvernement central à la lumière de notre expérience depuis 1967.
Quand j'emploie l'expression gouvernement central je veux dire le Supérieur général, le Conseil général, et les Services généraux. Dans notre rapport nous n'avons pas proposé de changements dans la structure du Conseil général. Au lieu de cela nous avons recommandé que le Chapitre général détermine des "orientations majeures pour aider le Frère Supérieur général et son Conseil à organiser les structures et les tâches du gouvernement pour rendre un service plus efficace à l'Institut. En d'autres termes nous avons recommandé que l'Institut maintienne la structure actuelle, mais que le Supérieur et le Conseil en organisent le fonctionnement en accord avec les orientations du Chapitre. Je n'ai pas l'intention de discuter en faveur de cette recommandation. Évidemment je n'ai aucun interêt personnel du tout ni dans la future structure ni dans son fonctionnement.
Je soulève la question parce que je crois que ce Chapitre a besoin de reconnaître que les attentes concernant l'exercice de l'autorité au niveau du gouvernement central varient beaucoup. Ces différences proviennent de la façon dont sont perçus les structures et le fonctionnement du gouvernement selon les conceptions idéologiques et culturelles. De telles compréhensions déterminent des perspectives sur la centralisation, la décentralisation, la subsidiarité, et les priorités du gouvernement central. Ce Chapitre doit, par conséquent, dire clairement sa position.
Mon intention est de commenter brièvement l'histoire du gouvernement central depuis la fin du 39ème Chapitre général, en 1967. Je sais que certains considèrent les perspectives historiques comme de peu de valeur, disant que ce qui est important c'est d'agir créativement en réponse aux besoins perçus aujourd'hui. Je suis totalement d'accord, que notre tâche est d'agir créativement aujourd'hui. Néanmoins, je suis d'accord aussi avec celui qui a dit que ceux qui ignorent l'histoire sont condamnés à la répéter. Mon souci n'est pas tant que nous répétions ou que nous ne répétions pas l'histoire, mais que nous en tirions profit. Jean XXIII a dit dans son discours d'ouverture de Vatican II que certaines gens "vont de l'avant comme s'ils n'avaient rien appris de l'histoire - et cependant l'histoire est le grand maître de la vie."
Le 39ème Chapitre général : 1966-1967
Dans l'introduction au nouveau Livre du gouvernement, le 39ème Chapitre général affirme le principe de subsidiarité:
"Les responsables du Gouvernement exercent leur ministère en vue du bien commun. Ils sont au service de la communauté et des personnes, et agissent avec l'aide des conseils appropriés. ... il leur appartient de promouvoir et d'authentifier les orientations des communautés et de prendre les décisions de leur ressort. Mais tous les Frères sont vraiment responsables de la vie de l'Institut et de son oeuvre. Aussi les supérieurs tiennent compte de l'inspiration des Frères et respectent dans l'exercice de leur autorité le principe de subsidiarité: les Frères ou les structures établies ont, dans leur domaine propre, initiative et responsabilité."
Le Chapitre a décidé qu'un Conseil composé du Vicaire général, de onze Assistants géographiques, du Secrétaire général, du Secrétaire à la formation, du Procureur général et de l'Économe général aiderait le Supérieur. Les Assistants géographiques, agissant avec l'autorité déléguée du Supérieur général, exerceraient leurs fonctions de façons diverses. Personne ne peut manquer de voir le défi et les difficultés que cela impliquait dans le gouvernement de l'Institut durant la période tumultueuse de 1966-1976. Étant donné les changements frappants qui s'effectuèrent pendant ces années, plusieurs Frères, y compris certains sinon tous les Assistants, ont reconnu que les assistances pouvaient se développer de façons très diverses qui pourraient être dommageables pour l'unité de l'Institut. Il y eut une conscience croissante que la promotion de l'unité de l'Institut devait être une des fonctions principales du Conseil général.
40ème Chapitre général - 1976
En 1975, quelques mois avant le 40ème Chapitre général, le Conseil général et la Commission préparatoire demandèrent aux Frères de répondre à un questionnaire très étendu et détaillé. Plusieurs questions concernaient le gouvernement central. J'ai joint certaines de ces questions et les réponses en annexe.
Il est curieux que 23 % des réponses ne formulaient aucune opinion sur la composition du Conseil général. Il est frappant que 40% de ceux qui ont répondu (40% des 77%) pensaient que le Conseil devrait être composé de quelques conseillers en résidence à Rome et des Présidents des Conférences des Visiteurs, qui demeureraient dans leur District et s'assembleraient à Rome périodiquement. Je dis que c'était "frappant" parce que cela converge avec des propositions que certains font aujourd'hui.
Mais les capitulants n'ont pas accepté ce modèle. A la place ils ont décidé un Conseil de six Conseillers qui devaient former communauté avec le Supérieur général et l'assister dans l'exercice de son office. Ils devaient le soutenir non seulement de leurs avis mais aussi en exécutant toute mission qu'il pourrait leur confier. (Art 48) Les Conseillers devaient connaître les différentes situations de l'Institut, étudier les questions traitant de spiritualité, de formation, d'apostolat et du gouvernement dans la mesure où elles affectaient la vie de l'Institut, et devaient se rencontrer périodiquement comme Conseil avec les Conférences des Visiteurs, apporter à ces derniers l'aide dont ils avaient besoin, et travailler à la mise en oeuvre des décisions du Chapitre général.
Après son élection, le Frère Pablo, très sagement, organisa des rencontres du nouveau Conseil général avec les capitulants de chaque région (onze). Il les invita à partager leurs pensées et leurs suggestions concernant le fonctionnement de ce nouveau style de gouvernement central. Guidé par les orientations du Chapitre, les capitulants demandèrent que le Conseil agisse comme communauté avec le Supérieur et travaille à l 'unité de l'Institut. Ils prônèrent très fortement des visites des Districts en équipe.
Mise en oeuvre
Le Supérieur et son Conseil firent trois visites en équipe dans chaque région en dix ans. Le Supérieur général et deux conseillers, le Vicaire général et deux conseillers, le Supérieur général et un conseiller. Les Conseillers répondirent aussi aux invitations à participer aux retraites, chapitres et assemblées spéciales. Les Conseillers individuels ne visitèrent pas les districts, du moins pas d'une façon structurée. Après trois ou quatre ans, le Supérieur désigna des Conseillers pour assurer la liaison avec certains Districts. Il le fit avec beaucoup d'hésitation, de crainte de donner l'impression que le Conseil retournait à la structure d'Assistants géographiques du Supérieur général. En réponse à une décision du Chapitre, les Supérieurs et les Conseillers passèrent un temps considérable, pendant les quatre premières années, à écrire des séries de circulaires basées sur les propositions et orientations du Chapitre général. Le Conseil rencontra les Conférences des Visiteurs deux fois dans cette période de dix ans. En 1981, tous les Visiteurs sont venus à Rome pour une assemblée intercapitulaire d'un mois.
J'étais, comme vous le savez, Vicaire général. Nous nous sommes lancés dans une démarche permanente d'évaluation de la nouvelle structure. Nous avons reconnu des résultats positifs, tout d'abord dans la promotion de l'unité de l'Institut . Néanmoins, nous étions très vivement conscients que nous n'avions pas pu suivre adéquatement les régions, districts et secteurs et que certains d'entre eux avaient besoin de davantage de soutien et d'aide que la nouvelle structure ne permettait de le faire. En conséquence, l'année qui précéda le Chapitre de 1986, nous avons consacré de nombreuses heures à des discussions sur la nouvelle structure et son fonctionnement. Nous sommes parvenus à un consensus sur une structure qui était proche du modèle que 40% des Frères favorisaient en 1975: les responsables des régions seraient membres du Conseil, passant la plus grande partie de l'année dans leurs régions et rencontrant périodiquement à Rome le Supérieur et les Conseillers résidents. Certains membres du gouvernement central, cependant, étaient favorables à ce que les Conseillers généraux qui étaient chefs de région aient autorité sur les Visiteurs.Cette opinion fut incorporée dans le rapport du Supérieur général.
41ème Chapitre général et la période 1986-1993
Quand la proposition du Supérieur général fut portée devant l'assemblée du Chapitre général, les capitulants la rejetèrent d'une façon écrasante. Une raison fut l'évaluation généralement positive de la structure existante et du fonctionnement du Supérieur et du Conseil général. Une autre raison, cependant, fut l'opposition à l'idée d'accorder une autorité aux responsables des régions.
Néanmoins, ceux d'entre nous qui furent élus au gouvernement central décidèrent de désigner des conseillers comme liaison avec chaque région et de leur donner mandat de maintenir avec les régions des relations plus étroites que cela n'avait été la pratique dans la décennie précédente. Comme le Chapitre avait réduit le mandat du Supérieur à sept années, nous avons pris la décision de faire deux visites en équipe dans chaque secteur: le Supérieur et le Conseiller-liaison; le Conseiller-liaison et un autre. Les Conseillers en général eurent beaucoup plus de contacts avec les régions qui leur étaient confiées qu'ils n'en avaient eu entre 1976 et 1986. La conséquence, en revanche, fut qu'ils eurent beaucoup moins de contacts avec les autres régions. Cette formule réduisit aussi la durée du temps que les Conseillers passèrent à Rome.
Une certaine insatisfaction persista cependant. Nous étions conscients que certains secteurs avaient besoin de plus d'assistance que nous ne pouvions en assurer.
42ème Chapitre général: 1993
Une fois encore les capitulants ne firent pas de changements substantiels dans la structure du Conseil général. Le Supérieur et les Conseillers, cependant, réorganisèrent le fonctionnement du Conseil par rapport aux régions. Ils décidèrent de ne faire qu'une visite en équipe, le Supérieur et le Conseiller- liaison. Cette formule procura aux Conseillers davantage de temps à passer dans les régions qui leur étaient confiées. En outre tous les membres du Conseil étaient disponibles pour répondre aux invitations pour des visites spéciales, des retraites, des chapitres, des assemblées, des événements spéciaux, tant dans leur région propre qu'au dehors. Le nombre des invitations que les Conseillers reçurent chaque année est un grand éloge de leur compétence et de leur dévouement.
La conséquence de cette formule, cependant, était que les Conseillers étaient plus souvent absents de Rome. Au paragraphe 55 du rapport, nous mentionnons la difficulté que nous avons éprouvée à maintenir un juste équilibre entre le besoin pour le Supérieur général d'avoir des Conseillers à sa disposition, le besoin de travailler ensemble en équipe et les besoins des régions.
Il est important de noter que bien que la structure du gouvernement central soit restée stable depuis 1976, son fonctionnement pendant cette période de 24 ans a changé progressivement et considérablement.
43ème Chapitre général
Les notes et les propositions des rencontres régionales et interrégionales reflètent les attentes diverses des Frères au sujet du gouvernement central. Comme je l'ai dit plus haut, je n'ai pas l'intention de parler pour ou contre des propositions spécifiques. Je me limite à vous exhorter à aider ceux à qui vous allez imposer la charge du gouvernement de l'Institut en exprimant clairement les services que vous attendez.
4. Pardon, Gratitude, et Engagement renouvelé:
320 ans de vie du charisme de Jean-Baptiste de La Salle
Jean Paul II dit que la purification de la mémoire est "un acte de courage et d'humilité". Il reconnaît "les torts qui ont été causés par ceux qui ont porté ou portent le nom de Chrétien". Cela est basé sur la conviction qu'à cause du "lien qui nous unit les uns aux autres dans le corps mystique, nous tous, bien que personnellement nous ne soyons pas responsables... portons le fardeau des erreurs et des fautes de ceux qui nous ont précédés." Il nous invite "à reconnaître, devant Dieu et devant ceux qui ont été offensés par leurs actions," les fautes que les Chrétiens ont commises. (Citation tirée de Mémoire et Réconciliation, Introduction)
Le Saint-Père, comme nous le savons très bien , a été le premier à pratiquer ce qu'il a exhorté l'Église à faire. En plusieurs occasions, pendant son pontificat, Jean Paul II a exprimé des regrets pour le passé. Certainement, personne ne peut oublier la cérémonie extraordinaire et émouvante de demande de pardon à la Basilique Saint-Pierre le premier dimanche du Carême ni les paroles et les gestes durant sa visite en Terre-Sainte. Suivant cet exemple spectaculaire et émouvant du Saint-Père, beaucoup d'évêques ont demandé pardon pour les erreurs et les péchés du passé. Je demande à ce Chapitre général, autorité suprême de l'Institut, de considérer la possibilité d'une déclaration ou d'un geste.
Nous sommes membres de la famille religieuse des Frères des Écoles Chrétiennes et nous sentons un lien de fraternité avec les hommes qui nous ont précédés au cours des 320 années écoulées. Nous sommes fiers de ce qu'ils ont accompli et regrettons qu'ils n'aient pas fait davantage. Nous regrettons les fautes qu'ils ont commises au cours des âges, et en particulier celles qui ont causé du scandale. Nous savons que nous ne sommes pas personnellement responsables pour les péchés de nos prédécesseurs. Cependant, parce qu'ils sont nos Frères, nous reconnaissons une certaine responsabilité collective pour leurs actions.
Nous pourrions examiner chaque aspect de notre vie de consacrés, de notre mission et de notre communauté dans notre longue histoire et y trouver des fautes. Nous reconnaissons aussi les manques de fidélité dans notre propre vie. Nous n'avons pas été les hommes d'amour que Dieu veut que nous soyons. Certains d'entre nous ont failli dans l'observance de la chasteté de célibat et dans la pratique de la pauvreté évangélique, d'autres parmi nous ont été coupables d'abus sexuels sur des enfants et des jeunes. Nous reconnaissons aussi des cas de malhonnêteté financière qui ont scandalisé. Pour nos péchés passés et présents nous demandons pardon à Dieu et à tous ceux à qui nos péchés ont causé du tort et des souffrances.
Nos fautes ne doivent pas nous décourager. Au cours de ces derniers mois, j'ai relu les livres de la Genèse, et de l'Exode avec les histoires d'Abraham, d'Isaac, de Jacob et de ses fils, de Joseph, de Moïse, pour n'en mentionner que quelques-uns. J'ai aussi lu l'histoire passionnante de nos premiers Frères racontée par le F.Augustine Loes. Ce qui m'a plus impressionné que tout le reste c'est que ces hommes étaient comme nous. C'étaient des gens ordinaires avec des qualités et des défauts, avec des succès et des échecs. Néanmoins ils furent les gens que Dieu a choisis et auxquels il a confié un service spécial.
Comme eux, nous sommes des gens ordinaires, et comme eux Dieu nous a choisis. Nous reconnaissons nos qualités et en remercions Dieu, et les mettons au service des autres. Mais nous reconnaissons et admettons nos faiblesses et nos échecs. Nous nous efforçons de faire de notre mieux. Nous éprouvons le désir et la détermination de nous engager, nous et notre Institut, à une plus grande fidélité dans l'avenir. Bien que nous ne soyons pas personnellement responsables pour le passé, nous reconnaissons que nous sommes responsables pour ce que nous, comme capitulants faisons aujourd'hui et pour ce que nous omettons de faire, sachant que nos actions auront des conséquences sur ce que demain sera.
Frères, nous sommes âgés de 320 ans. Nous portons la lourdeur du passé, nous sentons d'une façon particulière le poids des trente-cinq dernières années, des années qui ont été stimulantes pour certains, frustrantes pour d'autres et fatigantes pour nous tous. Les dures réalités de la vie ont peut-être tempéré notre idéalisme et les espérances que nous avions après le Concile. Néanmoins, nous refusons de laisser les problèmes et les défis d'aujourd'hui ébranler notre foi, notre amour et notre espérance. Nous trouvons force dans ces paroles que Jean XXIII adressait aux évêques du monde le premier jour du Concile. Il leur dit qu'il n'était pas d'accord avec "les prophètes de malheur" qui ne voient rien d'autre que "trahison et ruine" et "prophétisent toujours des calamités". Au contraire, il dit, "la Providence nous guide et nous amènera à la réalisation d'attentes toujours plus hautes auxquelles nous n'osions pas rêver."
Souvent, au cours des années, je me suis souvenu d'une remarque que le Frère Charles Henry a faite à une assemblée de Frères de mon District peu de temps après qu'il eût été divisé en trois districts : "Frères" dit-il "la Province (le District) de St Louis vient de donner naissance à deux nouveaux Districts. Mais elle a encore de la vie. (But there's life in the old girl yet!)
Capitulants et consultants du 43ème Chapitre général, la Société des Frères des Écoles Chrétiennes a traversé beaucoup de périodes difficiles et même tumultueuses dans sa longue histoire. Cette Société est vieille, un peu fatiguée, un peu exténuée, mais elle a encore de la vie.
Vive Jésus dans nos coeurs. A jamais.
ANNEXE
Questionnaire de l'Institut: 1975
Plusieurs questions du questionnaire très exhaustif et détaillé de 1975 concernaient le gouvernement. Voici des réponses à ces questions pertinentes:
N° 7.127 Personnellement je vois la composition du Conseil général selon l'une des options suivantes:
Le Supérieur général et
17% quelques Assistants-Conseillers, spécialisés ou non, et en même temps des Assistants régionaux
14% quelques Assistants-généraux spécialisés responsables du secrétariat, de l'administration économique, des relations extérieures, de la formation, de l'éducation.
40% des Assistants-Conseillers, spécialisés ou non, auxquels s'ajouteraient les Présidents des Conférences de Visiteurs; ces Présidents, remplaçant les Assistants-régionaux, resteraient dans les Districts et se rassembleraient à Rome périodiquement.
06% des Assistants-généraux, non spécialisés avec quelques Conseillers spécialistes résidant à Rome
23% pas de réponse.
N° 7.128 Je vois l'Assistant régional (ou le Président des Conférences régionales des Visiteurs) comme étant surtout:
17% Le conseiller du Frère Supérieur et par conséquent membre du Conseil général
28% L'intermédiaire entre le Conseil général et les Frères d'une région donnée
34% Le coordinateur, l'animateur et le lien pour fournir l'information aux Frères d'une même région
09% un Super-Visiteur avec autorité, si besoin est, pour conduire une visite des Districts concernés
12% pas de réponse
N° 7.129 Selon moi, les Frères ASSISTANTS régionaux (ou les Présidents des Conférences régionales de Visiteurs) devraient être élus par:
22% Les délégués des districts au Chapitre général
39% Les délégués au Chapitre régional
24% Les Frères Visiteurs de la Région
13% pas de réponse. |
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